
Earthling - Gri-gri
Earthling est l'invité surprise de cette fin d'année. En ajoutant un album (le 3ème) à sa discographie impeccable (Radar, grand classique des années trip-hop et le tardif Human Dust en 2003), le duo composé par le rappeur Mau et le producteur compositeur Tim Saul revient d'un long silence discographique et semble reprendre les choses où ils les avaient laissées il y a quasiment 10 ans.
Insomniacs' Ball, disponible uniquement en version digitale pour le moment et accessible depuis le site du groupe, est une petite merveille, un peu longue en bouche peut-être (entendre qu'il faut plusieurs écoutes pour se rendre compte combien ce disque est précieux) mais remarquable par sa capacité à diffuser les ambiances, à suggérer la nuit, le trouble d'un voyage intérieur à la fois sans fin et aux tours cauchemardesques. Tim Saul, qui avait travaillé à l'époque sur le de Portishead, a fait récemment un travail intéressant avec l'orchestre symphonique de Bratislava qui lui a permis d'injecter des cordes dans ses arrangements électroniques et de marier de façon remarquable des sonorités quasi symphoniques et un son trip-hopé revenu de la grande époque "dark-hop". Le son est à la fois hypnotique, puissant et étrangement dépouillé, enroulé souvent sur le phrasé toujours aussi fier et scandé de Mau.
Celui dont on critiquait un peu la dispersion dans le projet (lui-même prometteur mais tellement arty) Tristesse Contemporaine est ici à son meilleur. Moins drôle (encore que) que sur Radar, leur album vedette, encore plus appliqué et fin psychologue que sur le ténébreux Human Dust (un album qu'assez peu de gens connaissent puisqu'il a été composé en 1997 mais n'est sorti que 6 ans plus tard sur une maison de disques française), Mau tient la boutique et confirme son titre de meilleur rappeur anglais en (in)activité. Son flow est d'une fluidité remarquable, d'une précision incroyable et son accent bristolien fait des merveilles. Ses paroles sont précises et plaisir pour les oreilles par leurs résonances, leur recherche de rimes ou assonances.
Cet album suggère la perte de connaissance, de conscience, l'oubli dans la nuit. C'est un album onirique, hanté mais aussi qui s'attarde sur l'impact physique des nuits sur le corps. Placé en deuxième position sur l'album, le single "Gri Gri" qui est présenté ici n'est pas forcément le meilleur titre du lot (on préfère "A Great Year For Shadows", magnifique) mais donne une excellente idée du niveau auquel revient le groupe. Insomniacs' Ball, s'il était sorti 2 mois plus tôt, aurait fait figure de concurrent sérieux pour le titre d'album de l'année. Il vaut d'ores-et-déjà à ses auteurs de mériter la palme du meilleur come-back. En entendant d'en apprendre plus en interview exclusive, il est urgent d'investir les 8 livres 99 qui vous séparent encore de cet album. Les textes sont souvent très bons. N'oubliez pas de cliquer à la droite des chansons pour les voir apparaître. Et régalez-vous...