Dear Prudence, les Beatles et la salle de bains psychédélique de 1968

01/05/2008 - 21h46
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Etrange histoire que celle de cette chanson composée par John Lennon en 1968 et qui, à sa manière, exprime assez bien les contradictions de l'époque soixante-huitarde. A l'époque de sa composition, les The Beatles sont en Inde, pour un séjour d'aération et de développement spirituel chez leur pote gourou le Maharishi. Tout se passe à peu près correctement (même si des récits contraires circulent - certains s'emmerdent, le gourou serait un dangereux maniaque sexuel...). On médite. On joue de la guitare et on consomme pas mal de drogues dans un esprit ultra-harmonieux, Peace & Love, Cool jusqu'au bout du gland et de la night. Les éléphants sont roses et les pétales tombent comme de la neige en avril. Parmi les occidentaux en goguette, Mia Farrow est là en compagnie de sa jeune soeur, Prudence Farrow. Celle-ci se prend tellement au jeu qu'elle passe son temps à méditer, seule, enfermée pendant des heures et des jours sans boire ni manger dans une salle de bains ou une tente (selon les versions). Tout le monde s'inquiète. Lennon, pressé de voir la jeune femme rejoindre le groupe (signe que même chez les babs, le contrôle social était fort et qu'il fallait s'amuser avec le groupe ou mourir), se serait fiché devant la porte de la jeune femme et aurait gratouillé "Dear Prudence" pour la faire sortir. Lui-même sous influence, il aurait enrobé son message prosaïque (bon, alors, tu sors de la salle de bains putain, je dois me refaire le catogan !) d'un délire cosmogonique qui fait tout le sel de cette sublime chanson.

 

 

 

L'histoire ne dit pas si Prudence Farrow est revenue à l'appel du binoclard de génie, ou si elle a préféré poursuivre sa communion spirituelle en solitaire. Toujours est-il que les Beatles tenaient un nouveau titre, à la fois onirique, tendrement surréaliste qui serait gravé pour l'éternité en août de la même année lors des sessions d'enregistrement de leur nouvel album (le White Album évidemment). Perçu comme un titre joyeux, Dear Prudence exprime néanmoins (et presque déjà) un certain désenchantement, une sorte de tristesse, comme si le refuge dans la méditation et l'extase mystique appelait irremédiablement une redescente sur terre douloureuse. On pense dans l'état d'apesanteur cosmique de Dear Prudence aux excès qui suivront, à la folie de Syd Barrett, au décrochage de Brian Wilson. Tout cela n'est pas anodin. Comme une mauvaise nouvelle ne vient jamais seule, la chanson sera privée de Ringo Starr pendant l'enregistrement du . Comme sur "Back in USSR", c'est Paul McCartney qui est derrière les fûts. Ringo Starr était tout colère et avait temporairement rendu ses baguettes. La chanson connut une seconde jeunesse avec la reprise de Siouxsie And The Banshees (gros succès en 1983 - notez le petit gars à la guitare aux cheveux ébouriffés sur le clip Top of the Tops qui n'est autre que Robert Smith), avant d'être reprise et ratareprise par une centaine de groupes depuis Alanis Morrissette jusqu'à The Jesus And Mary Chain. Un beau foin en tout cas pour une simple histoire de salle de bains psychédélique.

 

 

 

Dear Prudence open up your eyesDear Prudence see the sunny skiesThe wind is low the birds will singThat you are part of everythingDear Prudence won't you open up your eyes?Look around round roundLook around round roundLook around round round

 

 

 

Le mantra "round round round" faisait quant à lui partie du rituel d'élévation, susceptible de mener à l'état transcendantal. 1968, c'était aussi ça pour les people : une belle imposture, de la bonne dope, des éléphants et du bonheur à la pelle.

 

 

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