
Ce sera l'une des grandes affaires médiatiques et peut-être musicales du début de l'année 2012 : l'explosion annoncée (dans la sphère indé, gardons la tête froide) du groupe Chairlift, par la grâce de son deuxième album, et premier depuis le départ de l'un de ses fondateurs Aaron Pfenning, .
Après avoir sorti un premier single "Amanaemonesia" à l'été, le groupe de Caroline Polachek et Patrick Wimberly dévoile peu à peu ses (nouvelles) batteries à travers des lâchés de singles savamment orchestrés. Avec "Met Before", pas mal, puis "Sidewalk Safari" et après la relative déception du morne "Amanaemonesia", il semble qu'on ait enfin droit à un morceau de choix de ce nouvel album. Le morceau ressemble à un de ces vieux hits de Cure qui tâchent un peu mais fondent sous la langue et font immanquablement un carton, en se baladant quelque part entre deux territoires, celui de la pop exigeante et tristounette et un autre plus luxurieux où les publicités et les enseignes de luxe radiophoniques leur tendent la main avec insistance. Si on ne pourra pas reprocher à Chairlift, ce qui leur semble promis, de décrocher le jackpot (rappelons que leur "Bruises" a servi à la com du Nano d'Apple) en 2012, on ne pourra pas non plus s'empêcher de passer leur succès et leurs nouveaux morceaux au filtre d'une suspicion illégitime mais automatique avec les jeunes groupes en fleur.
A l'écoute des morceaux qui nous sont parvenus jusqu'ici, Something nous laisse un peu dubitatif. "Sidewalk Safari", parmi les 3 titres, émerge clairement du lot et est la seule à supporter vraiment les espoirs placés dans le duo. L'album semble un peu plus uptempo que le premier, bâti un peu plus sur les basses (la basse de Wimberly, pour être précis) et un peu moins électro que le précédent. Polachek chante juste mais sans en faire des tonnes, ce qui nous rappelle, toutes proportions gardées, la performance du Samuel Herring des Future Islands, qui se l'était mise en sourdine sur le troisième album du groupe, ce qui avait permis à l'ensemble de respirer. Polachek ne semble pas ici céder au syndrôme de Björk qui consiste à envahir tout l'espace musical du groupe. Entre le nouvel album de The XX qui arrive et celui de Chairlift, dans des styles différents mais peut-être pas si éloignés qu'on croit sur le fond (l'amour, la lutte des sexes, la modernité), il devrait y avoir un beau match. D'un côté, on trouvera une musique comme en apesanteur et strictement urbaine virant à l'électro, de l'autre, un groupe plus pop et traditionnel qui exprime d'autres idées avec d'autres moyens, peut-être plus bucoliques, mais avec des références new wave et pop (The Throwing Muses notamment) pas si éloignées.
A la question de savoir si Chairlift doit faire (ou commencer à faire) autant de bruit ou s'il s'agit juste d'une répétition façon rock indé d'une de ces hypes à la Sofia Coppola dans le monde du cinéma, on doit dire qu'on réserve notre réponse à l'écoute de l'album complet. Chairlift a ce côté agaçant des groupes surdoués mais également pour lui un premier album, , réellement de qualité et pour lui, d'apparaître dans une mouvance MGMT, et surtout Violens (Polachek est la petite amie de Jorge Elbrecht), qui devrait faire bouger l'année à venir.
Chairlift - Amanaemonesia
Chairlift - Sidewalk Safari
Voir aussi- La danse dans les clips
Par Benjamin Berton