
A l'approche de Noël, il y a toujours un Beach Boy à mettre sous le sapin. Cette année et après sa remarquable (d'après ceux qui ont assisté au concert) tournée Gershwin, tandis que ses anciens comparses plus ou moins morts-vivants tournaient dans le périmètre, c'est évidemment Brian Wilson qui, comme à son habitude, donne le la. Au programme du sapin 2011, le choix est double, voire triple ou quadruple si on considère le marketing exceptionnel dont bénéficie le nouveau coffret Deluxe qui sort pour les fêtes.
Au programme donc, pour ceux qui ont envie de retrouver une âme d'enfant, le disque de Brian Wilson consacré aux meilleurs tubes de Disney dont on avait parlé il y a plusieurs mois. Avec une couverture sans aucun toon mais avec les 11 titres annoncés de Toy Story au toujours impeccable "Bare Necessities" de Baloo, In The Key of Disney est un album attachant, si on a vu les chefs d'oeuvre de l'oncle Walt, assez marrant sinon, pour son imitation du style pompier d'arrangements qui fait désormais la marque de fabrique du Californien et de ses faux frères. In The Key of Disney est un album encore plus bizarre que la relecture de Gershwin par Wilson. Il sonne d'abord comme une parodie avec des titres familiers (mais pas que) du style Wilson : choeurs, xylophones, envolées lyriques, comme si un épigone du génie des The Beach Boys, s'était amusé à reprendre les morceaux de dessin animé à la manière de.
Le morceau de résistance de la saison est évidemment le grand coffret de Noël, Smile. Comme on n'écoute plus les vinyls depuis longtemps, on se serait bien passé de cet objet, somptueux, magnifique et quasi parfait, qui prend tout de même une place considérable. Ceci mis à part, ce coffret est une MERVEILLE et un bonheur pour les collectionneurs avec un peu de place. On peut faire la fine bouche et trouver un peu excessif d'écouter un disque entier de sessions et de bouts de "Heroes And Villains" mais NON, il n'y a aucune séquence ici qui n'ait son intérêt. Le mode de construction de Smile et de la plupart des chansons sur lesquelles le coffret s'attarde ici est tellement passionnant que chaque "bout" est en soi une découverte et un enchantement. On prend un plaisir incroyable à saisir d'une prise sur l'autre un détail, un changement de rythme, un ajout. On écoute et on réécoute par exemple comme si on démontait une belle montre chaque ressort de "Good Vibrations" avec des yeux (et des oreilles) d'enfants. Le coffret Smile, pour ce prix là, est finalement donné et une vraie leçon de génie pop. On se demande d'ailleurs, à l'écoute de tout ce matériau, ce qui a bien fait (si ce n'est la folie de Wilson) que ce chef d'oeuvre légendaire jamais né de son vivant n'a pu être terminé dans les temps. Tout était presque en place, tout était si proche du but qu'on s'étonnera toujours du caractère historique de ce désastre.
Le gros baloo a beau faire l'apologie du strict nécessaire et de la consommation raisonnée ("On a tout pour être heureux / tout pour être heureux / Il faut se suffire du nécessaire /.."), ces deux offrandes de saison de Brian Wilson forment un dispensable produit qui égayera n'importe quelle hotte. Quant à Smile, qu'il figure dans la version solo qu'en a donnée son créateur il y a 5 ans ou dans celle-ci millésimée (et chantée par le groupe, ce qui est mieux), fragmentée, composite et en bande, il a toujours aussi belle allure, anachronique jusqu'au bout des légumes ("Vegetables") mais fin comme un ange.
La dualité Beach Boys vs Wilson devrait se résoudre sous peu avec l'annonce d'une reformation de la franchise californienne incluant son leader historique, avec tournée "golden league" et nouvel album en ligne de mire. On retient son souffle.
Brian Wilson - You got a friend in me (Toy Story) Voir aussi - Brian Wilson s'attaque à Disney- les reprises les plus improbables
Par Benjamin Berton