Amy Winehouse, une icône par défaut ?

25/07/2011 - 17h27
Amy Winehouse, une icône par défaut ?

 

Retrouvée morte dans son appartement londonien, samedi après-midi, Amy Winehouse a rejoint la liste des rock stars décédées à l'âge de 27 ans, aux côtés de Jim Morrison, Jimi Hendrix, Janis Joplin, Brian Jones, Kurt Cobain & co. La chanteuse britannique a-t-elle vraiment le niveau des membres du "club des 27", et en particulier des mythiques "3J" ? Le débat est ouvert.

 

Les internautes ne sont pas tendres avec Amy Winehouse. Sur l'air de "c'était devenue un déchet", "je n'ai jamais aimé ses chansons", "elle donnait un mauvais exemple à la jeunesse" ou "pourquoi se lamenter sur cette fille alors que des enfants meurent en Afrique ?", nombre de commentateurs se défoulent sur la diva torturée depuis l'annonce de son décès, le 23 juillet 2011, dont la cause est pour l'instant inconnue. Y compris sur la page Facebook de Fluctuat, où plusieurs lecteurs nous ont reprochés de la mettre sur le même plan que ses illustres prédécesseurs après avoir récemment posé une question sensible mais légitime : la pop a-t-elle encore besoin d'Amy Winehouse ?

Amy Winehouse lors de son dernier concert, à Belgrade, le 18 juin (crédit : SIPA)  

Pourquoi tant de haine ? Fans déçus, trolls, aigris qui déversent leur bile sous couvert d'anonymat, ou simples amateurs de musique réalistes ? Aucune interprétation ne peut l'emporter sur les autres mais une chose est sûre : le souvenir des frasques de Winehouse, ses problèmes d'addiction à l'alcool et aux drogues, ses prestations sur scène pathétiques, comme lors du récent concert à Belgrade qui a avorté sa tournée européenne, sont trop frais pour que la clémence habituellement accordée aux artistes morts s'applique à la chanteuse. "I told you I was trouble", avait-elle pourtant prévenu...

 

Voilà pour aujourd'hui. Mais demain ? Amy Winehouse va-t-elle porter comme un éternel fardeau son image de junkie anorexique incapable de se souvenir des paroles de ses propres chansons ? Ou bénéficiera-t-elle, comme d'autres auparavant, du phénomène de la mémoire sélective, qui effacera peu à peu les faits-divers pour ne laisser que le souvenir d'une chanteuse fragile à la voix puissante ?

 

 

 

Non, sa maigre discographie n'est pas assez culte

 

Les faits sont têtus. Amy Winehouse n'a sorti que deux albums studio, (2003) et (2006), plus un DVD live. A moins qu'une ribambelle d'enregistrements posthumes ne surgisse des tiroirs, la disco de la londonienne restera mince comme ses bras.

 

Si le statut d'icône ne se négocie pas au volume de disques parus (Jimi Hendrix n'a sorti que trois albums studio, Kurt Cobain et Janis Joplin quatre), Back to black, son unique succès planétaire, est-il pour autant suffisamment culte pour compenser le manque de productivité d'Amy Winehouse ?

 

Malgré une flopée de singles, un succès commercial (plus de 10 millions d'exemplaires vendus) et critique, et une razzia aux Grammy Awards 2008 d'où elle était reparti avec cinq récompenses, peut-on mettre "You Know I'm no Good" au niveau de "Cry Baby" ou "Little Girl Blue", ou affirmer que "Rehab" est aussi essentiel que "The End" ou "Riders on the Storm" ?

 

 

 

Non, ses prestations scéniques n'étaient pas au niveau

 

Si Jim Morrison et Jimi Hendrix ont aussi trashé des concerts en leur temps, on se souvient surtout d'eux comme de performers hors norme. Ce à quoi Amy Winehouse ne peut pas prétendre.

 

Même quand elle n'était pas trop défoncée pour chanter, comme à Belgrade, la chanteuse donnait généralement l'impression de se faire royalement chier sur scène, à l'image de son passage au festival de Glastonbury, en 2007, qui fait pourtant partie de ses concerts réussis.

Bref, malgré un backing band toujours impeccable et une voix impressionnante, Amy reste à dix mille lieues de l'interprétation et du charisme scénique d'une Janis Joplin.

 

 

 

Non, elle n'a rien inventé

 

Là où Jimi Hendrix est considéré comme un des plus grands guitaristes de tous les temps, Jim Morrison un poète aussi génial que maudit, et Janis Joplin la première rock star féminine, Amy Winehouse n'aura jamais été qu'un successeur des Ella Fitzgerald et autres Aretha Franklin. Une bonne élève qui a su recycler les vieilles recettes soul à la sauce des années 2000 mais n'a rien amené de véritablement innovant, que ce soit musicalement ou vocalement. Suffisant pour faire une belle carrière, pas pour atteindre le statut d'icône intemporelle.

 

 

 

Oui, le temps et l'époque jouent pour elle

 

Les arrestations à répétitions, les concerts foireux, la consommation excessive de drogues... Amy Winehouse n'est ni la première ni la dernière artiste à être passée par là. Janis Joplin s'enfilait des bouteilles de Southern Comfort et se shootait à l'héro, Jim Morrison était quasiment devenu un boulet pour les Doors, se présentant systématiquement défoncé ou ivre en studio, et Jimi Hendrix soignait aussi son mal être à base de LSD et d'alcool.

 

Pourtant, l'histoire de la musique se souvient des fameux "3J", partis à quelques semaines d'intervalle au cours de l'été 1970, comme de génies artistiques et non des sales junkies débauchés. Alors, pourquoi le temps ne jouerait-il pas aussi en faveur d'Amy Winehouse ? Icône ou pas, la chanteuse aura marqué son époque. L'âge d'or musical des sixties et des seventies est loin de nous et ne peut servir éternellement de mètre étalon. Amy, elle, restera comme une grande figure des années 2000, une jolie parenthèse dans une ère formatée et commerciale. Et pourquoi pas un mythe. Même si c'est par défaut.

 

Par Edouard Orozco

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • la télé qui vous veut du bien La feel good tv, la télé qui vous veut du bien
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • Van Gogh, Dali et Picasso disséqués