
A l’époque pas si éloignée (2010-2011), on avait raté les premiers pas d’Aline dans les coulisses du rock indépendant : un nouveau nom de baptême (Young Michelin, avant), le concours CQFD des Inrocks dans la poche, et un détour par New York pour enregistrer des titres qui tiennent la route avec le producteur Andy Chase. Depuis deux ans, Aline a eu le temps de grandir tranquillement mais n’a pas perdu son goût immodéré de la pop et ses bonnes influences. Un brin de guitares smithiennes, une coquetterie et une sophistication digne des Pastels (Junior, tout de même) et une simplicité (pauvreté, diront les cyniques) qui rappellent les premiers pas d’Etienne Daho en composition, entre grâce juvénile (ce qui n’est pas le cas) et maladresse congénitale. La ligne est claire, le phrasé chatoyant et la musique gracile.
Histoire que l’idylle soit divine, Aline revient de New York avec une dizaine de titres sous le bras dont les singles potentiels que sont le bon mais long en bouche "Je bois et puis je danse", avec sa chorégraphie de boxeur appréciable, et l’excellent "Deux Hirondelles". On se souvient ici des Occidentaux, perdus à jamais dans les sous sols de la pop. Après avoir tapé dans l’œil du dessinateur Martin Etienne (auteur de Si Loin Si Proche et illustrateur), les Aline se font rhabiller en clip et en beauté entre animation et pochettes sur mesure. C’est propre et net, un peu léger tout de même pour passer le mur de la réécoute à outrance mais en ces temps de Made In France pas cher, un acte de salut public et une bonne nouvelle.
Avec Aline, on se croirait revenu au début des années 80, au temps des Sugargliders et de Sarah Records, des bons tubes australiens et des Mancuniens fantômes. Si le français est toujours un peu dur à digérer une fois mis en pop, l’effort est manifeste pour faire du vieux qui soit bon. A tout craindre, on pourra prendre en même temps le nouvel album de The Wake, influence revendiquée du groupe, et qui évolue dans les mêmes eaux douces et chaudes en réconfort.