Zahia D. vs Joseph Droz : comment échapper à l'opinion

18/05/2010 - 11h18
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Zahia D. vs Joseph Droz : comment échapper à l'opinion
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La vie est bizarre. A quelques centaines d'années de distance, les gens... pensent et écrivent, avec leurs moyens, peu ou prou la même chose. C'est ainsi que pour s'amuser on peut rapprocher sans trop de difficultés la lettre de Zahia D., prostituée ou courtisane, attachée aux shorts de Ribéry et autres Benzéma, et l'oeuvre plus surprenante de Joseph Droz, auteur, philosophe, historien et moraliste de la première partie du XIXème siècle. Comment connaissez-vous ce Joseph Droz ? Comment connaissez-vous cette Zahia D. ? Pas bien, pas bien du tout. Zahia fait la une de Paris Match et d'autres publications comme l'Express (qui livrait son adresse, la pauvre), tandis que Droz ne fait l'objet de rien du tout. Il n'est pas certain qu'il couchât beaucoup. Toujours est-il qu'il a laissé un admirable traité : Essai sur l'art d'être heureux, qu'on peut lire en ligne et qui vaut bien toutes les conneries de Luc Ferry sur le sujet. Dans cet extrait, Droz (qui s'était planqué dans l'administration pour écrire) nous explique comment il faut se garder de céder à l'opinion publique et tâcher de suivre sa route en toutes circonstances, sans chercher l'approbation des hommes. D'une certaine façon, c'est un message que Raymond Domenech peut méditer sans trop d'effort, et un conseil identique qu'adresse Zahia au sélectionneur en lui demandant de pardonner "ses" hommes. Suivre sa voie, ne pas écouter le qu'en dira-t-on ? Vivre sa vie. Lancé par une prostituée de 18 ans (happy birthday) et un vieux philosophe, le mot porte encore et c'est très bien ainsi.

 

"En suivant la route où se presse et s'agite la foule, on s'éloigne du bonheur, puisque la plupart des hommes se plaignent de leur sort. Si l'on choisit un sentier différent, on ne peut se dérober aux traits de la censure, puisque la multitude suppose qu'on s'égare. C'est donc une insigne folie que d'espérer à la fois le bonheur et l'approbation des hommes. (...) Une vérité qu'il faudrait présenter sous mille formes à la jeunesse, c'est que le bonheur exige du courage. Tel homme a des qualités estimables, une famille intéressante, des amis éprouvés, une fortune égale à ses besoins ; son sort vous paraît doux : que le public en juge différemment ! Cet homme, dit le public, a de l'intelligence ; pourquoi n'a-t-il pas augmenté sa fortune ? Il pouvait se distinguer, pourquoi n'a-t-il pas sollicité telle place? Il se pique d'une originalité ridicule, ou plutôt nous le jugions trop favorablement ; et puisqu'il est sans crédit, c'est qu'il ne peut en obtenir. Si cet homme n'a pas de courage, plaignez-le ; ils finiront par le rendre honteux de son bonheur. (..)

 

Le méchant et le sage brisent tous deux le joug de l'opinion : l'un pour faire plus mal, l'autre pour faire mieux que le commun des hommes. Qu'un être dépravé commette moins de fautes en cédant aux caprices de l'opinion que s'il s'abandonnait à ses propres erreurs, je le conçois. Il est des passions cruelles et des vices honteux qu'elle réprouve, au milieu même de ses égarements ; mais elle donne à la fausseté le nom de politesse, à la lâcheté, le titre de prudence. Craignez le ridicule est sa maxime favorite ; et, pour former des hommes, il faudrait que, jusqu'au fond des coeurs, on imprimât cette autre maxime : Ne crains que les remords !"

 

Voici un extrait de la lettre de Zahia D., envoyée à l'entraîneur.

 

« Monsieur,J'apprends par la presse que la publication des déclarations que j'ai faites aux policiers qui m'ont convoquée et interrogée pourraient entraîner la mise à l'écart de certains joueurs de l'équipe de France de football.J'en suis stupéfaite et franchement attristée.Comment aurais-je pu imaginer, alors que j'ai toujours caché mon âge pour ne pas dissuader mes partenaires, que leur bonne foi pourrait être un jour remise en cause ? (...)Je n'en veux qu'à ceux dont les indiscrétions ont permis que cette affaire s'étale dans la presse, alors qu'elle devait rester secrète, et qui ont exploité sans autorisation mon image, m'obligeant à sortir de l'anonymat pour faire face aux ragots qui ont été mis en ligne ou diffusés par les journaux.(...)Je vous demande de respecter ce que les juges et les avocats appellent la présomption d'innocence et de ne tenir compte, à l'heure de votre choix, de ce qui a pu se passer entre certains de nos joueurs et moi. »

 

Il faut avouer que si Zahia avait écrit comme Droz, on l'aurait demandé en mariage.

 

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