William Collins et l'esprit du soir : Mélancolie de Noël

09/01/2010 - 11h11
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William Collins et l'esprit du soir : Mélancolie de Noël

Je me garderais bien de traduire à mains nues ces quelques vers de William Collins, tirés de sa spectaculaire Ode au Soir (Ode To Evening). Ceux qui lisent l'anglais s'y perdront peut-être : on parle ici d'un anglais de 1747, un peu rustique et chargé en "thy" et autres "thou" qui nous apparaissent si étranges et exotiques aujourd'hui. Ceux qui le comprennent, même dans les grandes largeurs, en apprécieront la délicatesse et la sourde mélancolie. William Collins a signé en son temps certains des vers les plus modernes et tristes de son époque et de celle qui allait suivre (le romantisme). Adressée à une femme incarnant l'esprit du soir, son Ode To Evening est peut-être son ensemble le plus réussi, en 52 vers seulement, mais dont aucun ne laisse sa place à un autre.

Si l'on considère en poésie qu'il suffit d'un poème pour autoriser tous les autres (les médiocres et les moyennement bons, voire les mauvais), celui-ci fait office de passeport pour Collins vers une oeuvre qui aurait pu être monstrueuse et immortelle si elle ne s'était ramassée avec son auteur à l'âge de 38 ans. Collins a eu une vie bien plus triste encore que sa poésie : né un jour de Noël (en 1721) dans l'entreprise de chapeaux familiale, Collins fit ses lettres à Oxford où il prétendit se faire poète. Ses vers étaient très bien mais personne n'en voulait. Sans doute était-il trop modernes pour ces années-là. Il faudrait attendre Keats pour qu'on comprenne vraiment que Collins avait annoncé l'Evangile romantique avant tout le monde. Le monde fit la sourde oreille et Collins s'enfonça dans la folie. Il se mit à picoler dur et à vivre la vie qu'on mène quand on veut qu'elle ne dure pas trop longtemps. Collins finit misérable et aussi fou. Il réussit ainsi son coup même si sa mort (comme c'est souvent le cas) l'empêcha de terminer ce qu'il avait en chantier. Lorsqu'on lit ses vers tout hauts, on a parfois l'impression d'entrer dans un petit temple où le marbre est engazonné au lieu d'être froid et dur, un petit temple où on célèbre des mariages qui ne durent qu'une journée et des deuils qui ne passent pas l'hiver. Collins est paradoxalement le plus léger et le plus solaire des peintres de la mélancolie.

 

"For when thy folding-star arising showsHis paly circlet, at his warning lampThe fragrant hours, and elvesWho slept in buds the day,And many a nymph who wreathes her brows with sedgeAnd sheds the fresh'ning dew, and lovelier still,The pensive pleasures sweetPrepare thy shadowy car.Then let me rove some wild and heathy scene,Or find some ruin 'midst its dreary dells,Whose walls more awful nodBy thy religious gleams.Or if chill blust'ring winds or driving rainPrevent my willing feet, be mine the hutThat from the mountain's sideViews wilds and swelling floodsAnd hamlets brown and dim-discovered spires,And hears their simple bell, and marks o'er allThy dewy fingers drawThe gradual dusky veil."

 

(strophes 3 et 4 des 5 qui composent l'ode)

 

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