Warren Ellis vire steampunk avec Captain Swing et les pirates

02/03/2012 - 08h39
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Le steampunk est une des grandes inventions de ces 30 dernières années, le mélange magique de la SF et d'une époque, le XIXème siècle, qui permet toutes les outrances imaginaires des ballons qui volent à l'électricité toute puissante. De Moore (Tom Strong, La Ligue des Gentlemen Extraordinaires) à Bryan Talbot (l'immense Grandville qui reviendra prochainement en volume 3), les plus grands dessinateurs et scénaristes de BD ont mordu au genre. Warren Ellis, qu'on tient désormais avec l'affreusement surcôté Frank Miller, pour l'un des tauliers du genre à bulles, n'est pas en reste avec la publication somptueuse (en terme d'édition) aux Editions Bragelonne-Milady de ce très intéressant Captain Swing.

 

 

 

Ellis qui a le feu sacré depuis un bail et une forte activité (rappelons qu'il est l'auteur de Planetary, de Black Summer et quelques ouvrages importants) installe son histoire dans le Londres des années 1830. L'histoire du Captain Swing, dessinée par Raulo Caceres, le dessinateur post-gothique de Crécy, est un classique immédiat avec des pirates, des flics et des meurtres. Le jeune flic Charlie Gravel est confronté dans la grande scène d'ouverture à des phénomènes étranges : des meurtres sanglants, un étrange voleur qui nargue la police et s'enfuie à l'aide d'un bizarre navire volant qui grésille et luit comme une luciole. On ne va pas raconter l'histoire mais Ellis tisse un univers (renforcé par des pages de texte où Captain Swing poétise et passe à confesse) qui tient autant du Moore, tendance From Hell (pour sa noirceur et l'horreur qui s'en dégage, renforcée par le trait de Caceres), que des vieilles histoires de pirate. On avait vu chez Ross et Krueger (Black Terror) que les pirates avaient le vent en poupe. Cela se confirme ici. La figure du pirate éponyme (un scientifique qui lutte contre une confrérie de franc-maçons détenant une pierre de lune magique...., il faut s'y faire) est magnifique : Captain Swing, c'est la liberté contre l'ordre et la programmation sociale, c'est la science pour le progrès, les faibles et la solidarité contre les forts et les grosses têtes aux portefeuilles bien garnis. Ellis mélange tout cela avec suffisamment de candeur et d'énergie pour qu'on ne s'amuse pas à apprécier la finesse idéologique de l'ensemble. Voilà à quoi servent les pirates aujourd'hui : après les événements du 11 septembre et Guantanamo, les pirates sont là pour brouiller les pistes et symboliser les valeurs d'une insurrection citoyenne contre un conglomérat d'intérêt qui, s'il est légitime (élu, au pouvoir, en place, intelligent), doit être culbuté par tous les moyens. Il faut être pirate : c'est ce que dit en substance Ellis en organisant peu à peu (et de manière hautement dramatique) le transfert de responsabilité du Captain Swing (on en dit pas plus) vers Gravel, puis vers l'aide de camp fille (beau personnage au demeurant).

 

 

 

Captain Swing et les pirates électriques de Cindery Island est à l'image de son titre, une belle pièce de fantaisie mais pas que. C'est un livre (un peu brutal) qui en appelle d'autres et donnera le goût de se lever (le matin, contre l'injustice, contre sa propre résignation) aux plus jeunes comme aux anciens. En cela, c'est une bd à lire qui vaut largement ces 15,20 euros, en attendant bien entendu la suite....

 

 

Par Benjamin Berton
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