
Alors que tout le monde se gargarise du succès phénoménal et estival de l'opération Vélib, personne ne s'est ému des conséquences incroyables qu'aurait bientôt cette belle opération de développement durable, et dernier coup de maître de la mandature de Bertrand Delanoé (qui n'est pas en cause ici), sur l'industrie du livre. D'après les premiers éléments dont on dispose, il semble qu'à Paris (il faudrait y ajouter Lyon et les dizaines de villes françaises et européennes qui emboîteront le pas à la capitale), ce soit 40.000 heures de vélo chaque jour qui soient passées désormais à pédaler, au lieu d'emprunter les tunnels du métro ou les couloirs de bus. Si on considère que 80% des lecteurs dans les transports publics lisent la presse quotidienne, gratuite ou payante, ainsi que des programmes télé, et seulement 20% des romans, essais ou autres documents plus consistants, ce chiffre, peu parlant, indique pourtant que ce sont chaque jour et approximativement 8.000 heures passées sur Marc Lévy, L'élégance du Hérisson et d'autres oeuvres qui seront englouties dans les pédaliers.Car, force est de constater que lire sur un Vélib est impossible. 8.000 heures par jour cela donne, si on s'en tient aux précédentes "analyses scientifiques", 2.000 livres qui ne seront pas lus CHAQUE JOUR de semaine (Cf. : on lit surtout sur le chemin du boulot) où fonctionneront les Vélib - rappelons qu'il faut compter 4 heures de lecture pour venir à bout d'un "livre de gare" moyen. 2.000 livres par jour, soit 10.000 par semaine et donc (en posant 225 jours de travail annuels et 45 semaines) un manque à gagner de 90.000 ouvrages par an non lus et, par conséquent, vraisemblablement non achetés. A 12 euros de marge en moyenne par ouvrage de littérature, l'opération Vélib coûterait ainsi aux maisons d'édition un bénéfice net de plus d'1 million d'euros annuel.Si on est bien loin de l'impact représenté par le téléchargement sur les achats de CD et DVD, et puisque, comme on sait, les reins des maisons d'édition sont beaucoup moins solides que ceux des majors multimédia, on peut dire que Delanoé, maître ès culture, vient de porter sans le savoir un coup sévère au livre. De là à ce que les amateurs de littérature boycottent les deux roues...