
Mark Melvin, 33 ans, est un détenu du centre pénitentiaire Kilby en Alabama. En septembre 2010, il a reçu à la prison un livre de Douglas Blackmon traitant de l'histoire raciale des Etats-Unis, et récompensé par le prix Pulitzer en 2009. On lui en a aussitôt interdit la lecture. Aujourd'hui, en pleine "semaine des livres censurés" (Banned Books Week : événement annuel militant pour la liberté de la lecture), il porte plainte pour violation de ses droits civiques.Le livre de Douglas Blackmon, Slavery By Another Name : The Re-Enslavement of Back Americans from the Civil War to World War II, a été retenu par les agents de la prison, au nom d'une loi permettant de censurer tout colis ou courrier qui serait jugé comme "une tentative d'inciter à la violence, basée sur les questions de race, du sexe, de la religion, de croyances ou de nationalité". Basé sur des documents originaux et des témoignages, l'essai récompensé par le Pulitzer revient sur l'histoire raciale du Sud des Etats-Unis, où des dizaines de milliers de Noirs Américains « libres » ont été vendus comme travailleurs forcés, des dizaines d'années après l'abolition officielle de l'esclavage. Une incitation à la violence, vraiment ?Pour l'avocat Bryan Stevenson, directeur de l'Equal Justice Initivative (association spécialisée dans la défense des droits des prisonniers) qui s'occupe de cette affaire, le livre incriminé "ne prêche ni la violence ni une idéologie violente, pas plus qu'il n'incite à la violence raciale". Il précise surtout qu'interdire ce livre n'est "pas seulement une erreur, mais aussi une injure envers toute personne qui s'efforce de faire évoluer notre société sur les questions raciales".Contacté par le New York Times, l'auteur du livre Douglas Blackmon (également journaliste au Wall Street Journal), a affirmé que "l'idée qu'un livre comme le (sien) puisse être incendiaire ou appeler la violence est complètement absurde". Aucun des représentants du service pénitentiaire d'Alabama n'a commenté l'affaire. Selon un porte-parole, ceux-ci n'auraient pas assisté au procès.
Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres