
L'amour du livre peut parfois conduire à toutes les folies. Farhad Hakimzadeh, millionaire iranien qui vient d'être condamné à deux ans de prison pour avoir découpé et volé, entre 1997 et 2003, des pages de livres rares et précieux, en sait quelque chose.
Collectionneur érudit - un rien maniaque - le serial découpeur agissait toujours sur le même mode : armé d'un scalpel, il ôtait les pages choisies avec le plus grand soin, de sorte à rendre ses coupes quasiment imperceptibles. Ses cibles favorites ? des ouvrages issus de la collection orientale de la British Library de Londres et de la bibliothèque Bodleian d'Oxford. Certains des livres endommagés - on en compte 150 au total - dataient du XVIe siècle. Dans la seule British Library, le pillage a concerné dix volumes d'une valeur de 71.000 livres (84.000 euros).
A l'issue du procès qui s'est déroulé vendredi dernier à Londres, le juge Peter Ader a déclaré que l'accusé "ne pouvait pas ne pas être conscient des dégâts qu'il provoquait". Et s'adressant directement au responsable : "Je n'ai aucun doute que vous voliez afin d'enrichir votre bibliothèque et votre collection (...) Vous avez un amour profond pour les livres, peut-être à tel point qu'il est devenu extrême".
Ancien directeur de la Fondation du patrimoine iranien, Farhad Hakimzadeh "choisissait des éditions rares et uniques", comme l'a précisé un enquêteur de Scotland Yard. De fait, les dégâts causés sont irréversibles. De quoi indigner Kristian Jensen, directeur de collection de la British Library, qui dénonce un acte de vandalisme, "une attaque contre la nation, la mémoire collective de son propre passé". Certaines des pages volées ont été retrouvées, d'autres sont perdues à tout jamais. En plus de la condamnation à deux années de prison, l'établissement réclame donc plus de 300.000 £ de dommages-intérêts.
Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres