
Le mouvement des "litt" ou "lit" (abréviation évidemment de littérature et literature) est apparu au début des années 90 pour rassembler des écrits marketés et constituant un genre à part entière. On a connu la chick lit, la biz lit, la chippy lit, la cellu lit. Nous en fallait-il vraiment une de plus ? Si l'on se lance désormais dans l'agrégation de la "bobo lit", c'est un presque hasard en même temps qu'une perversion journalistique et critique tendant à assembler ce qui ne s'assemble pas, à prendre deux choux et un navet pour tenter d'y voir l'essor d'un mouvement.
Entendu ainsi, la bobo lit - pour littérature bobo donc - s'illustrerait en cette rentrée 2011 à travers deux ouvrages singuliers et qui font écho, presque malgré eux, au succès générationnel parmi les spectateurs blancs hétérosexuels de feu la série Un Gars, Une Fille. Pour ceux qui ne connaissent pas ce sommet télévisuel, Jean Dujardin et sa future épouse Alexandra Lamy y examinaient dans une mise en scène POV caractéristique les moeurs et coutumes d'un couple de trentenaires sans enfant évoluant entre amis, vie sexuelle, soirées, travail exigeant et petites mesquineries. Un Gars, Une Fille conjugue une certaine précision dans la psychologie des personnages et une liberté de ton primesautière qui contribue à définir une esthétique populaire, simple et extrêmement codifiée : le ton est à la confession, à la description du quotidien et à l'humour, ce qui permet de faire la distinction avec le mouvement intello bobo symbolisé, au même moment, par la série de films à succès commandée par Agnès Jaoui et consorts.
La bobo lit se définit de fait comme une sorte de comédie littéraire examinant quasi exclusivement les petits tracas quotidiens de gens de couleur blanche, avec ou sans enfants, dont la principale difficulté est de concilier la vie privée (85% de l'existence) et un environnement social ou professionnel vaguement moteur d'un déréglement (15%, boulot, société dans laquelle on vit, politique,...). Les héros sont des petits privilégiés ou des artistes, des gens qui vivent à Paris, se portent bien et ont des facilités relationnelles évidentes. Ainsi, ils n'ont, à l'inverse des personnages houellebecquiens (qu'ils cotoyent un peu en qualité de personnages secondaires) aucune difficulté à retrouver des partenaires sexuels, à en changer etc.
Coïncidence bienvenue, les livres de Xavier De Moulins et de Géraldine Beigbeder se retrouvent en librairie au même moment pour offrir une illustration paradigmatique de ce qu'on racontait juste avant, à savoir la présentation de deux sujets parfaits de bobo lit : dans , on assiste à la crise d'un trentenaire, double dissimulé de l'auteur, qui va découvrir un peu tardivement la paternité. Dans , une femme, un peu plus bohème que bourgeoise, navigue dans les mêmes eaux que l'auteur. A lire, ces deux ouvrages sont aussi agréables (et horripilants) que la série de Dujardin, bien conçus, d'une légèreté et d'une gentillesse remarquables. Ceux qui prennent la littérature au sérieux mais pas toutes les littératures nous reprocherons cet intérêt pour des romans de bas étage. Il n'y a pas de mal à lire ces deux livres qui n'ont à rien à envier aux chefs d'oeuvre souvent ratés qu'on évoque d'habitude. Vaut-il mieux un petit livre pas trop mal fait ou un grand livre foiré ? La question est éternelle...
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Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres
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