
David Foenkinos a exactement mon âge. Il a publié chez Gallimard avant de rejoindre Flammarion puis finalement Grasset, pour ce Coeur Autonome, court roman paru ce mois-ci. Nous avons partagé le même stand sur les salons de pronvice pendant quelques années. Lui a connu un développement assez extraordinaire (10 traductions à l'étranger et un pic de vente, assez vite retombé ) avec la sortie la parution du Potentiel Erotique de Ma Femme, roman assez roublard dont toute l'économie reposait sur son titre. Foenkinos est un type extrêmement intelligent, plutôt doué pour imaginer des intrigues amusantes et ancrées dans le quotidien, et les raconter avec humour. Son premier livre était un vrai trésor lexical, plein de formules et de néologismes amusants. Ce qui cloche, en réalité, depuis son précédent roman, En cas de bonheur, c'est qu'on dirait que Foenkinos s'est pris d'une ambition : devenir Alexandre Jardin à la place d'Alexandre Jardin. Il s'est d'abord recentré sur le couple, a allégé son écriture de toutes les scories, cultivé la fantaisie en système et raccourci de 20% la longueur de ses livres. Coeur Autonome est archétypal de ce mouvement avec la peinture d'une aventure amoureuse "intime et ample" (ah,ah,ah!) entre de jeunes Bonnie et Clyde Malgré nous, issus des bas quartiers de la société. Les gamins qui s'aiment, mélange de l' Appat et de Florence Rey et Maupin (j'ai payé moi aussi mon obole au sujet dans mes Pirates), vont se retrouver à torturer un flic suite à un truc qui tourne mal.
Foenkinos livre un roman très agréable (ce sera toujours le cas), poids léger mais qui ne fait qu'effleurer l'essentiel la plupart du temps, tant sur le fond que sur la forme. Son inspiration sociale sent la lecture assidue de Libération plus que le terrain. Ses émotions amoureuses ne sont pas celles des personnages mais les siennes : elles ont un problème de classe sociale à régler. Heureusement, et c'est ce qu'il reste du talent quand on a tout voulu oublier, le sens de l'observation du romancier est intact et on s'amuse bien. Il n'ets pas impossible que David Foenkinos réussisse à élargir sa base de lecteurs avec ce nouveau roman, voire qu'il attire quelques critiques de gauche et droite dans ses filets : il s'est positionné pour. Mais je ne lui souhaite pas tant que ça. Pas tant par jalousie générationnelle que par espoir pour ce qu'il est capable de faire avec son imagination pour le roman français.
David Foenkinos :Les Coeurs Autonomes. Editions Gallimard
Par Benjamin Berton