Travailler fatigue avec Cesare Pavese

12/07/2007 - 12h10
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"Le jour sera tranquille, froidement lumineux,/ comme le soleil qui naît ou qui meurt/ et la vitre hors du ciel retiendra l'air souillé.//

 

On s'éveille un matin, une fois pour toujours,/ dans la douce chaleur du dernier sommeil : 'lombre/ sera comme cette douce chaleur. Par la fenêtre/ un ciel plus vaste encore remplira la chambre./ De l'escalier gravi une fois pour toujours/ ne viendront plus ni voix ni visages défunts. //

 

Il sera inutile de se lever du lit./ Seule l'aube entrera dans la chambre déserte./ La fenêtre suffira à vêtir chaque chose/ D'une clarté tranquille, une lumière presque./ Elle posera une ombre décharnée sur le visage étendu./ Les souvenirs seront des noeuds d'ombre/ tapis comme de vieilles braises/ dans la cheminée. Le souvenir sera la flamme/ qui mordait hier encore dans le regard éteint. "

 

Souvent tristes et mélancoliques comme dans ce Paradis sur les Toits, tiré du recueil Travailler Fatigue, les poésies de Cesare Pavese valent pour leur simplicité lexicale (quelques centaines de mots peut-être travaillés avec acharnement) et par leur rythme singulier. La versification utilisée par le poète négligé constitue une tentative d'échapper au romantisme et de proposer une approche réaliste de l'Italie dans laquelle il vit, finalement assez proche de ce que proposera Pasolini ) pau près au même moment mais d'une façon plus radicale encore (Pavese ne recourt pas aux dialectes).

 

Adossée solidement sur le vers italien (12 à 14 pieds en général, 13 presque tout le temps chez Pavese), la poésie de Pavese n'inspire pas cette régularité que provoque chez nous la longueur et la pureté de l'alexandrin. Au contraire, elle conserve sur chaque vers cet aspect granuleux et chaleureux des terres de Calabre, depuis lesquelles le jeune poète écrit, entre 1932 et 1935, la majorité des textes du recueil. Le livre NRF qui lui est consacré élargit le champ et couvre de fait toute sa poésie, incluant en plus de poésies de jeunesse, un second recueil, plus classique et peut-être moins intéressant que le premier baptisé La mort viendra et elle aura tes yeux.

 

Ce titre est tiré du texte retrouvé par la police au chevet de l'écrivain communiste et antifasciste en août 1950, après qu'il

se soit fait sauter la tête au pistolet

  a ingurgité des somnifères ( edit du 11/11, voir en commentaires) dans un hôtel de Turin. Pavese avait pendant ses vingt belles années d'activités, en plus de ses activités de résistants, enseigné l'anglais, traduit Herman Melville et James Joyce, livrés des essais futuristes regroupé dans La Trilogie des Machines, et écrit plusieurs romans (dont le très beau La Lune et les Feux) qui lui ont acquis une belle place dans les lettres italiennes. Pavese qui écrit beaucoup dans les revues de l'époque sera également connu pour ses aphorismes subtils et ses façons brillantes de résumer en une formule des idées complexes. Comme ici dans cette belle saillie entre Sacha Guitry et Oscar Wilde :

 

"Il arrive qu'une femme rencontre une épave et qu'elle décide d'en faire un homme sain. Elle y réussit parfois. Il arrive qu'une femme rencontre un homme sain et décide d'en faire une épave. Elle y réussit toujours."

 

Par Benjamin Berton
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