
NB Easywriter : Cette lecture est proposée par Montsé, qu'on ne présente plus. Vous pouvez aussi faire oeuvre d'exégèse ou d'élucubration, en proposant vos lectures (vade retro attaché(e)s de presse!!)
- Vous dansez ?Il espère qu'elle n'a pas remarqué son accent. Elle se lève, l'air grave, et ils s'enlacent. Très vite Luis va oublier ses craintes et sentir le sol sous ses pieds, le corps d'une femme en totale harmonie avec le sien, faire exploser son imagination... Ces quelques mots saisis au hasard dans un livre me séduisent d'emblée. OK, je le prends, me suis-je dit.
J'entame donc la lecture de Tango avec enthousiasme ; enthousiasme qui s'essouffle vite en réalité : « Mais qu'est-ce que c'est que ce bouquin ! Qui est-ce qui parle ? Luis ou Ana ? Je ne comprends rien ? Et qui sont Asuncion et Hernan ? Des fantômes surgis du passé qui viennent se mêler des conversations ? » Je me perds dans la lecture tant la narration saute sans cesse d'un personnage à un autre, d'une époque à une autre. Et puis, je m'aperçois qu'au-dessus de ces voix entremêlées, s'élève une autre voix : Celle du tango ! Dès lors, je commence à lire le roman comme on apprend à danser, non pas en me braquant sur la complexité des pas, comme je le faisais avec le désordre narratif de l'histoire, mais entraînée par la musique. Car le style est chantant, simple, mais vivant et original !
Tango est une entité, une âme. L'âme les « tangueros ». Il raconte l'histoire de l'Argentine à travers deux familles que tout sépare : Leur position sociale, leur travail, leurs ambitions... Il se plaît à tutoyer ses protagonistes : Avec la main experte du Moscovite sur ta taille, ton corps ouvert à son intention, tu t'es enfin initié sur une de mes pistes. Le parquet disjoint du Royal, un tapis rouge, que tu brodas d'arabesques, agile, sensuelle et majestueuse. Tu sus, nous sûmes tous les deux, à cet instant, que rien ni personne ne t'arracherait à ce parquet où toi et moi allions nous donner vie. N'est-ce pas Astor Piazzolla, compositeur de tangos et joueur de bandonéon réputé, qui disait : « Le tango n'est pas une danse, c'est une obsession ! Pour le danseur c'est une partie intégrante de sa vie, comme manger ou dormir. Erotique, passionnée et mélancolique il est complice non seulement du corps mais aussi de l'âme ». C'est exactement ce que nous offre Elsa Osario. Chacun de ses personnages est étroitement lié à l'histoire du tango : Vicente, cet homme riche et influent qui associe le tango à une musique de lupanar, Carlota, sa jeune maîtresse qui ne vit que pour danser ou encore Hérnan, tanguero émérite qui répand le tango dans tout Paris et puis Juan, le compositeur... Génération après génération, les deux familles vont vivre leur amour ou leur haine du tango, ses figures, se

s cortes, ses ganchos et ses quebradas. La nuit, j'ai du mal à fermer le livre malgré le sommeil qui finit quand même par me rattraper. Mes yeux se ferment, et je ne sais comment, je me retrouve à mon tour abandonnée, plaquée contre le corps d'un homme, ma jambe dénudée, gainée de bas résille, remontant le long de sa jambe ; une main ferme agrippe ma cuisse et tandis que je ploie au rythme de la musique, je fredonne les paroles d'un tango, réminiscences de mon enfance :
La noche que me quieras Desde el azul del cielo, Las estrellas celosas Nos miraran passar. Y un rayo misterioso Hara nido en tu peloLuciernagas curiosas que veran
Que eres mi consuelo...
Tango Elsa OsorioMétailié
Par Daniel De AlmeidaFollow @dandealmeida