Suivez le lapin blanc dans la matrice de Vernor Vinge

13/08/2007 - 16h10
  • Partager sur :
  • 0
L'auteur
Maxence
    En savoir plus

     

     

     

    Milieu du XXI° siècle, le monde tel que nous le connaissons est enrichi de multiples couches d'univers virtuels. Des multivers extrêmement variés et accessibles à tout un chacun par le biais des Vêtinfs, des vêtement communiquants, intelligents et discrets, bourrés de nanotechnologies et d'informatique remplaçant nos PC et autres portables obsolètes.

     

    A l'époque, pas si lointaine, 2025, où se situe Rainbows End, le roman de Vernor Vinge, l'information est vécue sous forme de simulations à la fois hypersophistiquées et parfaitement fonctionnelles, qui renvoient le cyberespace de William Gibson au rang de douces rêveries de l'ordre du féerique et du moyenâgeux.

     

    C'est dans ce contexte sur-technologique que Robert Gu, un ancien poète atteint de la maladie d'Alzheimer, revient parmi les vivants. Bénéficiaire d'un traitement révolutionnaire, il émerge des brumes de la sénilité et (re)découvre un monde totalement nouveau. Un monde beaucoup plus complexe que celui qu'il connaissait. Un monde où, sacrilège!, toute publication papier est détruite physiquement pour être numérisée. Mais plus que tout, derrière son apparente transparence, ce monde est plus opaque et plus dangereux que jamais. Géopolitique, gestion de l'infosphère, apprentissage des nouvelles technologies, mathématiques omniprésentes, statistiques et analyses de données, capacité de synthèse..., en cette ère de sur-information (et souvent de désinformation) Robert Gu devra tout réapprendre, de la plus simple requête informatique, au maniement complexe des vêtements intelligents que se doivent de porter tous les citoyens. Pour cela il se voit contraint de s'inscrire une nouvelle fois à l'université et recommencer son apprentissage comme simple élève. Pour le doyen, la pilule a du mal à passer. Cette situation qui mettra à mal son ego, lui fera faire des bêtises, comme s'embringuer dans une sombre histoire de sabotage du projet de numérisation de la bibliothèque de l'université, ou passer un pacte avec un mystérieux lapin blanc. Enfin, s'il surmonte tous les pièges de ce nouveau monde, le littéraire grincheux un rien sadique et intolérant qu'il était auparavant, apprendra peut-être aussi à devenir un être meilleur.

     

    C'est ainsi que Vernor Vinge lance son récit teinté de philosophie, tout en prenant soin de lui donner une dimension plus inquiétante de cyberthriller. En effet, tandis que nous suivons les péripéties du vieux potache, nous apprenons également qu'une mystérieuse agence basée en inde s'apprête à bouleverser l'infosphère grâce à une nouvelle technologie de suggestion baptisée VDMC (pour "Vous Devez Me Croire"). Une technologie tellement puissante qu'elle influe sans peine sur la volonté des masses et poussent des miliers de gens à acheter, voter ou se comporter de la manière prévue et préparée à l'avance.

     

    Vernor Vinge est mathématicien, il est également, et c'est très important ici, à l'origine du concept de "singularité". Il prédit qu'au alentour de 2035 l'homme devra se mesurer à une intelligence supérieur à la sienne, crée par lui. Selon Vinge, la convergence des nanotechnologies, des sciences informatiques et cognitives, ainsi que des découvertes en biologiques, soutenue par "la loi de Moore" - une théorie qui prétend que la capacité technologique, et en particulier, informatique, doublant tous les 18 mois, celle-ci doit forcément donner naissance un jour à une entité de type intelligence artificielle - sera à l'origine de se bouleversement. Pour ce mathématicien et romancier américain, cette émergence signera la fin de l'humanité. Pas brutalement, mais de manière inexorable.

     

    Pour lui nous ne feront pas le poids devant une intelligence globale et seront amené à disparaître, tout comme nos technologies et notre culture. De fait, avec cette ambitieux Rainbows End, cet écrivain scientifique posent de passionnantes questions et proposent de non moins nombreux postulats. Qu'en sera-t-il de l'information quand la science et ses processus deviennent intraduisible en mots simples ? Que devient l'art quand les outils de création sont si complexes qu'ils en deviennent inintelligibles, même pour ceux qui les utilisent (le préoccupant phénomène de la boite noire) ? Quand les machines deviennent aussi intelligentes que les homme, qu'en est-il de l'idée même d'humanité et de civilisation ? Avec l'avènement des nanotechnologies, où finit la machine et où commence le vivant ? Plus simplement, Rainbows End est une formidable métaphore de la façon dont la technologie et tout ce qui l'entoure (en terme de régulation sociale, de défense, de géopolitique, de gestion des transports, d'énergie, etc.) changent profondément le monde, mais surtout nous changes nous même en temps qu'utilisateurs.

     

    Vernor VingeRainbows End (Robert Laffont)

     

    Par Maxence
    COMMENTAIRES
    Connectez-vous en cliquant ici pour laisser un commentaire en utilisant votre pseudo. Si vous ne vous loguez pas, votre commentaire n'apparaîtra qu'en ANONYME.
      Toutes les rubriques
      • Cinéma
      • /
      • Société
      • /
      • Livres
      • /
      • Télé
      • /
      • Musique
      • /
      • Expos
      • /
      • Photos
      • /
      • Forum
      articles les + lus
      • Les morts de Game of Thrones illustrées
      • Truth Facts : la banalité du réel en 10 infographies inventives
      • Photos : les pionnières du tatouage
      • Coachella 2014 : le best-of vidéo en 5 beaux duos
      • Poème d'actu #11 : Qu'est-ce qu'un smicard ?
      • Malaise : le clip de "Happy" de Pharrell sans la musique
      • Le Dictionnaire de littérature pour les snobs
      Les Derniers Tweets de Fluctuat