
Los Angeles, Californie. Sept jeunes gens sont enlevés. Moins de vingt quatre heures plus tard, on les retrouve : tous souriants, ils apparaissent, via internet, sur les écrans de toute l'Amérique. Pendant six jours, ils vont participer à un nouveau jeu : The last one. Comme son cousin Big Brother, The last one propose en continu la vie de ces sept débiles enfermées dans un loft, et le public est appelé en masse à voter pour les éliminer les uns après les autres. Chaque jour, le perdant est assassiné en direct et les sept congénères ignorent tout du sort qui les attend.
Je ne sais pas pourquoi mais je me méfie comme de la peste des polars français qui se déroulent aux Etats-unis. Sans doute la crainte de lire les resucées de fantasmes divers longuement compilées autour d'une intrigue à serial-killer, comme si le polar américain était un genre à lui seul. Pour autant, je n'en ai lu que deux, si mes souvenirs sont exacts : Stringer de Jean Paul Jody, qui est excellent justement parce qu'il ne fond pas dans le mythe. Et aujourd'hui, ce Scream Test publié au Diable Vauvert (illus.)avec une couverture trash tout à fait vendeuse, muni de la mention ciné référencée slasher (histoires d'adolescents se faisant dégommer jusqu'au dernier par un monomaniaque sanguinaire la plupart du temps masqué - cf Scream).Là encore, je fais amende honorable, les pièges sont évités, à quelques exceptions près, et Scream Test est bien un polar se passant en Californie, avec un cadre documentaire tout à fait précis, l'auteur connaît son Los Angeles illustré, au moins aussi bien que Jody (qui lui a écrit son Stringer d'après cartes routières, chapeau tout de même !).
Scream Test est au roman policier ce que le slasher, justement, est au cinéma : ce n'est pas de la grande littérature, plutôt un art mineur, mais qui a le mérite de le savoir. Le style de ce jeune homme n'est guère transcendant, une plume dédiée à l'histoire rien d'autre, quoiqu'on puisse noter par-ci par-là quelques tentatives "manchettiennes" de rationaliser avec humour la portée de certains propos, comme ces descriptions d'armes à feu et leur vélocité de catalogue. Néanmoins, le canevas tient la route, si l'on oublie, de temps à autre, l'indice qui tombe tout cuit dans l'assiette de l'enquêteur jusque-là désemparé face à la complexité de l'affaire.
Le suspens est bien ficelé avec un savant découpage en multi narration, le criminel ayant toujours une longueur d'avance, l'inspecteur toujours une béquille de retard. Ce que l'on retiendra de ce galop d'essai, c'est l'analyse tout à fait juste du phénomène Big Brother. Au moment où, finalement digéré par le corps social, ce jeu, qui fut sans conteste le succès télévisuel du siècle, commence à trouver sa place dans la fiction (depuis deux ans à peu près, de plus en plus de scénario traitent le sujet), Grégoire Hervier tire son épingle du jeu. Son Last one est parsemé de documents sur l'origine du mal, remontant aux sources du jeu imaginé par John de Mol en 1999 jusqu'aux applications cathodiques que l'on connaît.
Scream Test est donc un bon polar de plages. Taché de sang, le clavier d'ordinateur qu'affiche la couverture ne craint pas le sable, l'histoire qu'elle renferme se lit facilement et sans relâche, on n'y apprend pas grand chose que l'on ne sache déjà et nos doutes se trouvent confirmés.
Scream test Grégoire HervierEdité Au Diable Vauvert
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