Scott Pilgrim : le livre ou le film ?

06/10/2010 - 11h47
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Scott Pilgrim : le livre ou le film ?

On avait parlé, il y a quelque temps, de la bd . Voici que le film débarque avec en vedette le petit chouchou de l'Amérique, le blanc-bec Michael Cera, déguisé il y a quelques semaines en François le Français dans l'assez drôle Be Bad! (en français), Youth In Revolt (une autre gueule) en VO. Donc Scott Pilgrim le film vs Scott Pilgrim la BD.

Va-t-on pour la première fois devoir reconnaître la supériorité d'un film sur le livre qui l'a précédé ? OUI, on n'en est pas très loin cette fois. Bien que dirigé vers un public jeune, comme tout bon produit hollywoodien, Scott Pilgrim est un film étonnament mature et proche du niveau de discours (direct et parfois assez cru) de la BD de départ. Cela s'explique puisque c'est Edgar Wright, l'impeccable réalisateur anglais de Hot Fuzz et Shaun of the Dead qui s'y colle. Wright est un fan de comics et un expert en la matière, en plus d'être un réalisateur intelligent et maîtrisant parfaitement les codes de la youth attitude. Comme bien sûr, les effets spéciaux sont épatants, les acteurs très bons (dans l'ensemble) et la vivacité de mise, on se dit tout de même que le livre de bryan lee o malley a du souci à se faire. Alors évidemment la construction assez merdique de la BD (l'histoire des ex qui défilent un à un comme dans un jeu vidéo) vient parasiter la fluidité du récit et rend complètement indigeste la dernière demie-heure où Wright décide de les expédier dix fois plus vite (il n'allait pas faire un film de 3 heures) qu'O'Malley. On se rend compte à cette occasion que le temps de la BD (élément repris puissance 100 dans l'exceptionnel comic à venir en français The Sword des Frères Luna) est complètement différent de celui du cinéma. Alors que la lecture s'accommode parfaitement d'un processus répétitif et quasi itératif (comme le jeu vidéo), le cinéma n'en veut pas car il a besoin de crescendos et de sommets narratifs. C'est sur le principe, la seule chose qui vient plomber ce . Pour le reste, c'est un sans faute tant la créativité, le n'importe quoi du récit originel sont conservés. Cera et surtout la remarquable Mary Elisabeth Winstead en Ramona sont superbes. La bande-son est sans aucune faute avec des morceaux de Frank Black, des Stones, de Beck et de Metric.

 

Ce qu'on attendait le plus sur le plan visuel (les bastons mi-guitares rock, mi-kung fu) sont un enchantement dont la beauté échappera sûrement à tous ceux qui ont plus de 20 ans aujourd'hui. Pour la première fois (ce que la BD ne proposait dans son noir et blanc timide qu'après avoir absorbé beaucoup de drogue ou fait preuve d'imagination), on "touche du doigt visuellement" (trop fumé, moi ?) cet état d'excitation passionnel qui mêle l'exaltation sexuelle et érotique du premier amour et l'énergie électrique d'une scène. Scott Pilgrim le film procure des sensations étranges et devient un OVNI assez précieux (bien que bourrés de défauts) qui dépasse sensationnellement et de beaucoup l'effet produit par la BD en lecture à plat. Le résultat est une sorte de "blockbuster indie", une teen comedy qui graphiquement prend des tours expérimentaux, en un mot un objet vraiment étrange et aussi fascinant en son temps (mais en beaucoup plus léger) que le Speed Racer des Frères Wachowski.  

 

Pour la première fois, on doit se résoudre à proposer un verdict sans appel : le film défonce le livre.

 

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