
"Puis elle comprit qu'elle aurait simplement l'air ridicule. Elle se releva. Elle était gelée, ses articulations raidies. Elle se dirigea vers le miroir. Rien de plus déconcertant que de se regarder dans une glace dans une pièce plongée dans l'ombre ; mais un réverbère donnait une vague lueur, et elle pu constater que sa joue et son bras nu étaient marqués de stries rouges et blanches, comme de petites traces de fouet, là où ils avaient reposé sur le tapis. Cela au moins se révélait satisfaisant. En fait, elle rêvait depuis longtemps de traduire sa jalousie de manière physique ; je vais me brûler se disait-elle dans ces moments-là, je vais me mutiler. Parce qu'une brûlure, une blessure étaient des choses que l'on pouvait montrer, que l'on pouvait soigner, qui pouvait se cicatriser pour devenir une sorte d'emblème pathétique ; et resteraient là, au moins, à la surface d'elle-même, au lieu de la ronger de l'intérieur... La pensée lui venait de nouveau de se marquer à vie, d'une manière ou d'une autre. Elle lui venait comme une solution à un problème. Je ne ferai pas ça comme une gamine hystérique, se disait-elle. Je ne ferai pas ça pour Julia, en espérant qu'elle va arriver et me surprendre. Ce ne sera pas comme de m'allonger au milieu du salon. Je ferai pour moi, comme un secret entre moi et moi."Jeu de piste suivant quatre personnages unis par des liens qui se révèlent peu à peu au lecteur, dans le Londres de l'après-guerre. Le dernier roman de Sarah Waters, à paraître le 31 août, est alléchant.Ronde de nuit, de Sarah Waters. Editions Denoël et d'ailleurs.
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