
Avec un titre pareil (pas assez original pour une saga de l'été), on pouvait se faire un peu de souci pour cette Villa des Mystères, inspirée du nom de la plus célèbre et...mystérieuse maison de Pompéi. Sur fond de balade touristique dans Rome (ce dont on ne se lasse pas), ce roman policier de David Hewson dissimule, sous sa couverture de carte postale, un bon petit polar distrayant, bien ficelé et documenté. L'enquête repose sur le rapprochement de deux affaires qui, de prime abord, n'ont rien en commun : la découverte conservée, dans la tourbe, du cadavre d'une jeune fille blonde, fenouil en poche (fenouil, oui, fenouil, mais je n'en dirai pas plus), sur un terrain vague de Rome par deux touristes en goguette, et la disparition supposée d'une jeune fille de bonne fille, elle-même blonde et jolie, embarquée à croucrou par un mystérieux motard devant les yeux de sa mère entre deux âges (mais bien conservée). L'enquêteur-personnage principal ne brille pas par son originalité mais peu importe : rappelons que les inspecteurs, détectives, journalistes ne servent à rien dans le polar et agissent souvent en trompe l'oeil pour cacher les coutures de l'intrigue.
Hewson nous propose (pour ce qui semble être sa deuxième sortie) un flic à la Mike Hammer rital, un rien désoeuvré, séducteur, qui aime boire et ne refuse pas de coucher avec le témoin précédemment cité. Le flic a du flair, de l'intuition et de la ténacité (c'est le nouveau modèle à la mode - plus simple à écrire qu'un Sherlock Holmes et plus "postmoderne") et lève, avec l'aide de quelques amies bien installées dans leurs seconds rôles, une passionnante affaire de vieux rite orgiaque venu des anciennes adorations dyonisiaques, partouzes à la romaine, sacrifices de vierges blondes et chantages vaguement crapuleux. Ajoutez à cela, en fond de roman, une intéressante sitcom au sein de la mafia : un vieux caïd en fin de vie qui se fait souffler sa nana chaudasse et ambitieuse par un fils cinglé et érotomane; un vieil universitaire qui a pris une overdose de frises érotiques antiques et s'est mis en tête de tirer des coups gratuits et j'en passe. Le tout donne un très roboratif entremêlement d'archéologie pour les nuls, de précis de culture romaine et de suspense qui s'achève dans un dénouement tout à fait correct : une belle vengeance des familles et quelques meurtres enchaînés, une morale et tout et tout. Si l'on excepte une légère chute de rythme dans le dernier tiers (une centaine de pages où la fin se met en place un peu laborieusement), la Villa des Mystères est un livre qui peut passer sans trop de difficulté le test du sac de plage. A lire plutôt au soleil, en regardant les culs qui jouent au volley, hommes ou femmes selon disponibilité... Ingrid Chauvin sort de ce blog.
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida