
La sortie chez Christian Bourgois d'un nouvel ouvrage de Roberto Bolaño ne saurait laisser personne indifférent. Si, pour ceux qui en sont un peu plus loin dans la découverte de l'auteur "sud-américain" (et non seulement chilien, comme il préférait qu'on le désigne), la vraie actualité est peut-être le retour du vieil dans les rayons (en collection poche qui plus est, à côté du maxi-poche de , c'est Byzance), l'édition de nouveaux textes critiques et d'essais (+ un entretien bonus à la fin accordé au magazine Playboy), sous le titre , est aussi une bonne nouvelle. Entre parenthèses reprend différentes chroniques ou critiques de Bolaño publiées au fil des ans. On y trouve une analyse indirectement intéressante de la littérature argentine. "Indirectement intéressante" parce qu'on n'y connaît pas grand chose en littérature argentine mais parce que le texte sur ce sujet permet à Bolaño de dire du mal avec talent et sens de la formule de la littérature commerciale. Ecrivain résistant à la facilité, à la renommée, à l'argent facile, Bolaño apparaît aux yeux de ses nombreux (et croissants) thuriféraires comme une incarnation moderne et actuelle d'un écrivain qui n'a jamais cédé sur sa passion, préférant en passer par des tas d'années de galère, des petits boulots, des installations maladroites plutôt que de renoncer 1) à écrire 2) à écrire comme il l'entendait. Dans les essais du début, c'est toute la hargne personnelle de Bolaño contre les professionnels de l'écriture qui s'exprime d'une manière merveilleusement tenace et vivace.
D'une manière générale, c'est l'exigence qui peut faire le lien entre une première partie consacrée à des analyses littéraires générales, et une seconde qui reprend des critiques ou des textes consacrés à des oeuvres spécifiques. Bolaño parle de Mark Twain, Cortazar, Borges et de quelques autres. "Pour le véritable écrivain, l'unique patrie est sa bibliothèque."
Cet Entre parenthèses est presque autant un livre de lecteur qu'un livre d'écrivain, même si chez Bolaño comme chez beaucoup d'autres, l'un ne va pas sans l'autre. On peut le dire de toutes les manières possibles, écrire est une geste quasi impossible sans le temps préalable de la lecture compulsive. Les génies qui n'ont pas le fonds littéraire suffisant se comptent sur les doigts d'une main et Bolaño n'en fait pas partie, qui réussit à redigérer et à réinjecter à travers son oeuvre une richesse thématique, thémique et quasi thermique venue de presque tous les courants de la littérature universelle, de Dante à Shakespeare en passant par les grands de la SF (K. Dick notamment) et d'autres. A travers cette petite collection d'articles, on entrevoit un peu mieux les lignes de croissance de cet auteur atypique, mort en 2003.
Par Benjamin Berton