
Ecrire un requiem pour un homme qui n'est jamais mort, quelle étrange idée. Et des idées justement, Robert Anton Wilson n'en manquait pas, à l'égal d'un Timothy Leary peut-être ! Homme de lettres mystérieux, poète, philosophe et anarchiste, Robert Anton Wilson (à ne pas confondre avec Peter Lamborn Wilson, aka Hakim Bey) était également un grand provocateur et un éternel supporter du surréalisme sur les arides terres américaines. Wilson était surtout connu pour le Léviathan littéraire qu'est Illuminatus (The Illuminatus Trilogy en anglais, une oeuvre jamais traduite en France et copieusement plagiée par Umberto Eco dans Le pendule de Foucault). Une ode à la paranoïa et à la folie sur fond de magie et de conspiration. Ecrivain, mais également journaliste et essayiSte, passionné de science et de science-fiction, Robert Anton Wilson participa à l'histoire des magazines incontournables du mouvement cyberpunk que furent Mondo 2000 et Boing Boing. Véritable visionnaire, souvent loufoque, il prônait volontier les utopies de Buckminster Fuller et les theories de Charles Fort. Il partageait également la conception des médias du sociologue Marshall McLuhan et s'intéressait de très près aux expériences de reprogrammation neuro-linguistiques de John C. Lilly. Esotériste convaincu, il était aussi très versé dans la magie ("Magik") d'Aleister Crowley et de Gurdjieff, tout en fréquentant les papes du new age américains et de l'utopie psychédélique que sont (ou furent) Terence McKenna et Tim Leary. En vrai fruit de son époque Robert Anton Wilson ne prêchait pas pour une église, ou une chapelle, en particulier, mais juste pour l'ouverture d'esprit et la curiosité. Ses essais sur la futurologie, la sexualité, la politique, la littérature et la religion étaient emprunt d'un paganisme joyeusement foutraque. Véritable puit de science, dans le sens réjouissant du terme, l'esprit de Robert Anton Wilson a quitté son enveloppe corporelle le 11 janvier dernier. Un esprit qui, gageons-le, se ballade encore aujourd'hui parmi nous sous une autre forme, puisque les idées ne meurent jamais, elles.
"Of course I'm crazy, but that doesn't mean I'm wrong."Robert Anton Wilson
Par Maxence