
N'en déplaise aux ardents défenseurs de la morale, Alain Robbe-Grillet a eu raison de s'en donner à coeur joie dans , sa dernière provocation littéraire en date, et sa dernière provocation tout court. L'académicien qui n'avait jamais voulu endosser l'habit est mort d'une crise cardiaque dans la nuit du 17 au 18 février.
La façon décomplexée avec laquelle Robbe-Grillet a décrit des scènes d'inceste et de pédophilie dans son dernier roman -; un "conte de fée pour adultes" -; avait suscité de vives réactions : tandis que certains y ont vu un ultime chef d'oeuvre du Pape du Nouveau Roman, d'autres ont décrié la légitimité d'un texte aussi choquant.
A l'âge de 85 ans, Robbe-Grillet avait-il simplement pour dernière ambition de se faire censurer, de faire sortir la littérature de ses retranchements ? Ou est-il mort en vieux dégueulasse ?
Dans tous les cas, un homme à la tête d'une oeuvre aussi imposante que la sienne pouvait bien se permettre ce petit scandale. L'auteur de est à l'origine du dernier grand (et vrai) mouvement littéraire qu'ait connu le vingtième siècle, mais il a également travaillé pour le cinéma, soit en tant que scénariste (L'Année dernière à Marienbad d'Alain Resnais, Lion d'or en 1961), soit en tant que réalisateur (Glissements progressifs du plaisir, La Belle Captive).
A la fois érudit et turbulent, Alain Robbe-Grillet aura su bousculer jusqu'à la fin les petits bonhommes les plus figés du monde littéraire. Depuis mars 2005, messieurs les membres de l'Académie Française attendaient que le nouvel élu prononce son discours de réception. Ils peuvent toujours attendre... Et sans doute s'amuser de cela serait-il un hommage pertinent à l'écrivain.
Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres