
La bataille fait rage dans les milieux concernés, certains forums et autres blogs, pour savoir si de Cormac McCarthy est un roman de science-fiction ou non. Evidemment, on suppose que le roman se passe dans un futur plus ou moins proche (et innommé, puisqu'à aucun moment l'auteur ne donne une date) mais son sujet et sa thématique est universel. C'est le retour à la barbarie de l'humanité, la survie, la violence, la force immuable qui nous pousse à perpétrer notre espèce coûte que coûte et les efforts des survivants pour conserver une part d'humanité, aussi ténue soit-elle.
Un thème qui pourrait s'appliquer à n'importe quel roman se situant durant la deuxième guerre mondiale (On peut penser au Journal d'Anne Franck, ou, plus près de nous, à n'importe quel témoignage de soldat américain racontant son expérience en Irak, par exemple, voir Dans la vallée d'Elah).
Dans , l'écrivain nous avait déjà prévenus : dans un monde qui marche sur la tête, il est difficile de prêcher des valeurs humanistes sans passer pour un vieux réactionnaire (rôle qu'incarnait à la perfection le shérif du roman). Quant à inculquer ces valeurs aux futures générations, la tâche semble carrément impossible. Alors, pas de lumière au bout du tunnel ?(Photo extraite du site www.tripalbum.net)
Une lueur au bout de la route
Eh bien si justement. Une petite lueur sur La Route. Certains se souviennent certainement du final de , la narration d'un rêve par le shérif. Un rêve de transmission dans lequel père et fils étaient réunis dans la mort :
"Il faisait froid et il y avait de la neige par terre et il m'a dépassé à cheval lui aussi et il a continué son chemin. Il n'a pas dit un mot. Il a simplement continué et il était enveloppé dans une couverture et il allait tête basse et quand il m'a dépassé j'ai vu qu'il portait une flamme dans une corne comme les gens d'autrefois avaient coutume de le faire et je pouvais voir la corne à la lumière qu'il y avait à l'intérieur. À peu près de la couleur de la lune. Et dans le rêve je savais qu'il allait plus loin et qu'il voulait allumer un feu quelque part là-bas dans tout ce noir et dans tout ce froid et je savais que n'importe quand j'y arriverais il y serait " Toute la confiance d'un fils envers son père, exprimée ici en quelques lignes.

Par delà les symboles religieux et le thème post-apocalyptique certes cher à la science-fiction, il est étonnant qu'aucun n'ait vu la métaphore évidente qui file d'un livre à l'autre : celle de l'éducation, de la filiation et de la protection, à une époque en total eperte de repères moraux, théologiques et philosophiques, et presque entièrement vouée à l'avidité (voir encore notre entretien avec Gary Shteyngart à ce propos) et au "chacun pour soit". Une époque enfin, promise à la violence (morale ou physique) et à la destruction.
Le fait que McCarthy dédie à son jeune fils comme l'a si bien fait remarquer Fabrice Colin dans sa critique, symbolise bien évidemment le legs d'un père à son fils, mais aussi celui d'un être humain plus vieux, incarnant l'ancien monde, à un autre plus jeune. Un autre "passage de flambeau" en quelque sorte, et je ne voudrais pas en dire trop, mais le symbolisme du porteur de lumière dans ce dernier roman de McCarthy est, à ce titre, exemplaire. La lumière incarnant l'espoir, mais aussi, métaphore biblique oblige, la divinité suprême, qui est également le verbe. Et quel legs un écrivain peut-il laisser au monde déliquescent qui est le notre si ce n'est cette lumière tellement parlante ? Je vous le demande.
Par Maxence Grugier Follow @MaxenceGrugier
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