Rattrapage : Project Superpowers Chapitre 2

20/01/2012 - 09h00
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Rattrapage : Project Superpowers Chapitre 2
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Comme tous les ans, il n'y aura pas beaucoup de comics à Angoulême. Les superslips n'y ont jamais été légion mais leur contingent rétrécit au fil des années, même si de temps à autre, une personnalité atypique (Moore, O'Neill, Miller) y trouve grâce. Cela reste dommage tant l'univers un rien codifié s'est élargi ces dix dernières années et aborde, par des biais purement fictifs, des thèmes larges, pertinents et d'actualité. Au rang des bonnes surprises passées plutôt inaperçues de ce côté de l'Atlantique où l'on se concentre sur les grandes productions en revue de DC et Marvel, le second volume de la saga Project Superpowers d'Alex Ross et Jim Krueger, déjà auteurs de l'excellente trilogie Earth X, est à découvrir. Traduit en français sur 4 volumes de 200 pages chacun à peu près, l'ensemble est dessiné notamment par Edgar Salazar mais bénéficie des interventions savantes du duo créatif et, bien sûr, des couvertures remarquables et sidérantes du Norman Rockwell des comics, Alex Ross. Si on avait pu à chaud émettre quelques réserves sur les talents de scénariste ou de plotter en chef de Ross lorsqu'il avait sorti le pourtant très attendu Justice, on doit reconnaître que cette fois, le duo s'est remarquablement rattrapé.

 

Après un chapitre 1 haletant et surtout impressionnant en terme de conception d'univers (rappelons que Superpowers ressuscite des héros inconnus au bataillon enfermés par la trahison de l'un d'eux, le Fighting Yank, dans la... boîte de Pandore) et de galeries de personnages. Au fil des pages, on est pris dans un récit épique, tourné délibéremment vers l'action mais qui prend aussi le temps d'installer des personnages principaux qui questionnent les valeurs socle de l'Amérique d'aujourd'hui. Entre le Green Lama, le Fighting Yank justement et surtout notre chouchou le pirate Black Terror, Ross et Krueger proposent rien moins qu'une dissertation (en slip et cape) sur la Liberté aux Etats-Unis. Pour ceux qui n'auraient pas suivi le chapitre 1, les vieux héros ont du envahir New York pour soustraire la ville à l'influence d'un conglomérat de robots plus ou moins à la solde d'une grande trilatérale de la filouterie. Expliqué comme cela, c'est toujours difficile à vendre mais on se situe ici au coeur des débats qui ont fait surface dans la sphère publique consécutivement au 11 septembre, à la mise en place de Guantanamo, etc. Faut-il s'en remettre aux valeurs ou être capable de les mettre entre parenthèses par pragmatisme ? Jusqu'où peut aller la compromission politique ? Quel est le véritable statut de l'insurrection ? Si l'on englobe dans ce chapitre 2 les trois tomes (de loin les joyaux de la couronne) consacrés à la mission parallèle de Black Terror (qui n'ont malheureusement pas tous été traduits en français), Project Superpowers a vraiment tout pour devenir un classique du genre intelligent. Dans les tomes 3 et 4, l'action se déporte sur des éléments un peu plus surréalistes comme la bataille rangée avec un Zeus priapique et assoiffé de pouvoir qui incarne, de manière un peu manichéenne, un délire de toute puissance qui permettra aux justes et aux pragmatiques de se réunir et de lutter de concert.

 

Quoi qu'il en soit, et si on reste sur le terrain des idées, l'ensemble de Ross et Krueger amène sur la table, sans qu'on y prête attention, plus de matière que bien des BD dites intelligentes sur lesquelles les critiques se pâmeront d'ici quelques jours. Violents, improbables, dynamiques (l'ensemble est publié par Panini, pour le compte de Dynamite Entertainment), les comics méritent une place dans les cartables de vos enfants....et de leurs papas. Ce n'est pas parce qu'Hollywood en a fait sa matière noire (débilitante) pour ados qu'il ne faut pas chercher, là où elle se trouve, une pertinence souvent enfouies sous le barrage d'un univers hermétique aux adultes. Le projet se double, du reste, d'une réflexion sur le temps (passé/futur, l'héritage,...) qui n'est pas empreinte de poésie. Est-ce que les héros changent ? Est-ce qu'on peut pardonner ? Autant de questions qui tiendront encore la route (et le doute) dans 30 ans.  

 

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