
Ca va être compliqué à force de n'être d'accord avec personne sur cette rentrée littéraire. Après la déception Tom est mort, la semi-déception A l'abri de rien, voici le cas Rachel Cusk - juste un tiers de déception si on garde la même échelle de valeurs.
Au moment où on dépouillait les programmes de rentrée ( en juin), Arlington Park nous inspira la plus grande sympathie : un écrivain anglais que la prestigieuse revue Granta considérait comme l'une des plus plumes les plus prometteuses du moment, recompensé par des prix littéraires respectables, publiait un ouvrage décrivant l'enfer pavillonnaire vécue par des Desperate housewives anglaises avec le talent de Virginia Woolf.
Outre qu'il serait raisonnable d'arrêter de voir planer l'ombre de Virginia Woolf dès qu'un ouvrage féminin et féministe possède quelques qualités, comparer Arlington Park à la série américaine est une erreur : Desperate ne brille pas par la qualité de son étude de moeurs - ce que Cusk réussit en partie. La banlieue pavillonnaire qui sert de décor au feuilleton est plutôt friquée alors qu'Arlington Park est un mouroir très middle-class, et, last but nos least, l'intérêt de la série est sa capacité enjouée à rebondir là où le roman ne raconte quasiment rien. Et c'est d'ailleurs ce qui finit par lasser.
Pourtant Cusk ne manque pas de talent, et notamment de celui de portraitiste. Singulièrement pour décrire la violence potentielle que les femmes du livre réfrènent et qui est assez flippante. C'est la lucide Juliett Randall qui estime qu'au final "tous les hommes sont des assassins" même son bien inoffensif professeur d'époux. C'est l'obsessionnelle Amanda Clapp qui considère sa voiture comme sa meilleure alliée, si propre si spacieuse et si discrète. C'est Maisie Carrington qui se pame devant des miettes de repas.

Tout est ordre dans Arlington Park la ville, des rangées de maisons aux intérieurs proprets en passant par les conversations convenues dont rien ne dépasse ou les ordres plus symboliques comme le mariage.Du coup, tout est en ordre dans Arlington Park le livre, dont les histoires se déroulent à l'identique et finissent par se confondre dans la monotonie.
On attend juste que la pluie qui bat sans cesse finisse par tout dévaster. Comme dans les vieilles pubs du chocolat Crunch où le monde en carton s'écroulait quand on croquait la tablette. La subtilité de l'auteur n'empêche pas qu'après avoir étrangement suffoqué on finit par s'ennuyer. Comme si on lisait son livre dans un de ces pavillons mortels, par un après-midi de pluie, à Arlington Park.
Arlington ParkRachel CuskEditions de l'Olivier
Par Daniel De Almeida Follow @dandealmeida
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