
Un article paru dans le Wall Street Journal, pose franchement la question : « Les femmes écrivains savent-elles écrire d'un point de vue masculin ? »
Cynthia Crosser observe que parmi les auteures contemporaines anglo-saxonnes, peu d'entre elles choisissent pour leur roman un narrateur ou un héros mâle. A l'en croire, même les plumes de Jane Austen et des soeurs Brontë, avec leurs Darcy et leurs Rochester, ne dessinaient pas de « vrais hommes ». (Ce qu'entend la journaliste par « vrais » est une autre question.) Au delà de ses aspects provocs, cet article a le mérite de pointer une réalité à laquelle la littérature française n'échappe pas : pourquoi nos auteures les plus célèbres ont-elles autant de mal, ou de déplaisir, à se glisser dans la peau d'un homme ? Depuis Marguerite Yourcenar et ses , aucune plume féminine n'a su se glisser dans la peau d'un homme avec autant de vérité. Christine Angot, Virginie Despentes, Marie Darrieussecq : quel que soit leur style littéraire, elles ont une prédilection pour les narratrices et les héroïnes. Chez celles qui optent pour une forme romanesque plus classique, Alice Ferney et Claudie Gallay en tête, on a aussi à faire à des figures sensibles et féminines. Pour trouver quelques narrateurs masculins, il faut aller chercher du côté d'Amélie Nothomb, qui dans ou le récent , focalise le récit sur des hommes. Mais il s'agit là d'un cas particulier, celui d'une écrivaine très prolifique, qui s'essaie à divers genres littéraires.
A l'inverse, les écrivains masculins n'hésitent pas à plonger dans l'esprit d'une femme : après Zola et Flaubert, il y a eu par exemple Albert Cohen avec , Gilles Leroy avec .
Poids de l'héritage littéraire (le féminisme de Simone de Beauvoir est encore frais), sous-représentation des femmes écrivains dans la littérature contemporaine... on peut avancer beaucoup d'explications, mais pas celle d'un manque d'imagination dont souffriraient les femmes de lettres, ni celle d'une répugnance à parler des hommes. Alors, à quand un français ?