
Ceux qui préfèrent Baudelaire à Keats, Yeats à Wilde et disons Lautréamont à Rimbaud, ont parfois tendance à l'oublier : la poésie a beaucoup à voir avec la tendresse.
Il y a des poésies cruelles, des poésies morbides, des poésies hermétiques, de la poésie à clé, des poèmes épiques et des vers élégiaques, des poèmes d'horreur et des poèmes horribles, des poèmes d'amour morbides et hermétiques et des poèmes de haine enfantine, des poèmes animaliers, des fables et des sagas en vers qui ne riment pas. Le seul point commun qu'on peut trouver en cherchant bien à tous ces genres qui n'en sont pas (vers vs poésie prosée, sonnets, formes contre fond) est la tendresse que portent les mots les uns pour les autres lorsqu'ils se retrouvent opportunément associés dans une formulation poétique.
C'est cette tendresse des mots juxtaposés qui renvoie cette impression de fraîcheur et vous saute aux oreilles lorsque vous déclamez. C'est cette tendresse et cette fraîcheur qu'on peut traquer (c'est si facile de nos jours) en parcourant les innombrables blogs de classes primaires. Comme sur celui-ci, blog de CE1 parmi d'autres, on peut se ressourcer à l'innocence et faire remonter à la surface à la lecture sourire aux lèvres de ce loup de Marie Tenaille des trôlées de souvenirs écoliers. Marie qui ? Tenaille, comme l'outil (kouiki kouik) qui semble être une spécialiste de la littérature enfantine. Le web lui donne 80 ans d'âge mais sa rime est aussi light et légère qu'aérienne. Cette octogénaire, si elle l'est, n'a que 20 ans d'âge mental, peut-être moins. Un blog de poésie, du CP au CE2, c'est autant de récitations qui tombent.
Celle de Térence qui n'y arrive pas, de Clothilde qui y arrive, de Thomas qui retient et de Sylvie qui n'oublie rien. Cela marche aussi avec Dylan qui fait l'âne, et Hamid qui a le vers humide, Rissa le farfisa et Nathalie la ramollie. Apprendre une poésie et la réciter (l'oublier et s'en rappeler), c'est se mettre au service de la tendresse qui relie les mots entre eux, la laisser venir en soi et tenter de la capturer. Si on se souvient si longtemps des vers appris à l'école, c'est pour cette raison précise qu'un corps humain ne relâche pas si facilement la tendresse qui lui est entrée dedans. C'est encore pire qu'avec les goudrons de tabac ou les fibres d'amiante. Une poésie apprise vous fait souvent toute la vie. En attendant, j'ai peur du loup et mon fils s'en amuse. Ruse.
Au fond du couloir
Le loup se prépare
Il met ses bottes noires...
Qui a peur du loup?
Pas nous pas nous !
Au fond du couloir
Le loup se prépare
Il prend son mouchoir
Qui a peur du loup?
Pas nous pas nous !
Au fond du couloir
Le loup vient nous voir
À pas de loup noir...
Qui a peur du loup?
C'est nous !
Sauvons nous !