Pourquoi continuer à lire/écrire en 2012 ?

12/01/2012 - 17h03
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Qu'il est chouette, mon marronnier.

 

 

 

Bienvenu(e) dans notre marronnier (2 n, 2 r) de saison : les lecteurs sont des monstres et nous aussi. Essuyez vous les pieds avant d'entrer. Après le top de l'année 2011, pas si mal, les bonnes résolutions (ne lire que des livres qu'on a envie de lire ?, ne pas lire... même pour rire... de livres de Marc Lévy, Guillaume Musso, Frédéric Beigbeder, Alexis Jenni,... soyons sérieux, ne pas lire trop de comics avec des superslips ?, essayer de ne pas terminer tous les mauvais livres qu'on démarre? , en écrire un bon enfin?, vendre des livres un max pour faire de la place chez soi ? se débarrasser de la biographie d'Eva Joly, Clémentine Autain, Ségolène Royal....), les repentirs (franchement, est-ce qu'on avait raison de dire autant de mal de Lise Beninca et de ses et tant de bien du Rom@ de Stéphane Audeguy?), les bilans (2011, année sans grosse révélation, sans immense choc littéraire, sans livre qui ont changé ma vie... du moins sortis l'année dernière) : à quoi bon continuer ? Ici ou ailleurs, à parler des livres, voire à lire tout court alors qu'il y a tant de trucs à faire (mais quoi?). Pourquoi continuer à faire la commère comme une vulgaire (je me comprends) lectrice femme au foyer, clouée à son blog enjupée de frais, merveilleuse, mère et amante avaleuse de sabres mous, lectrice active et à l'optimisme débordant, sa trolée de fans mamours suiveuses, en lynchages, élevages d'autel pour romanciers en manque de critique. Quelle place pour la critique et quelle place pour la lecture ? Est-ce si important de faire ça ? Ca, quoi ? Ecrire des "recensions" comme disent les anglo-saxons, donner des points de vue à la mer, en bouteilles mignonettes qui arrivent à qui ? Faut-il en passer par là parce qu'on n'a pas ou plus d'ami(e)s réel(le)s avec lesquel(le)s partager des avis sur la littérature ? Mais qui lit au juste en 2012, autre chose que son prospectus Aldi hebdomadaire (les côtes de porc et la semaine italienne) ou des modes d'emploi pour des tablettes chiquées ? Est-ce qu'il faut s'imposer critique pour autant, les interviews, les livres qui tombent comme des matchs de football chaque semaine (allez, il y en a un ou deux bien sur dix et un exceptionnel sur 100, comme les matches de football, ni plus ni moins). Est-ce une question d'argent ? Pas même. Le plaisir d'être lu (par qui?), qu'on nous reproche une fois la semaine une faute d'orthografe mal placée (à coup sûr une touche qui fourche) ? Alors quoi ? La gloire, la surexposition médiatique, le petit théâtre d'opérette du journalisme semi-professionnel mirabolant ? Pas que... pas tout.

 

Ce qu'il y a de bien avec 2012 :

 

1. C'est qu'on a déjà pu lire vache de bons livres : Le dernier contingent d' Alain Rudefoucauld, oh la drôle d'affaire, un roman à couper au couteau (les oreilles surtout) avec des déclinaisons de noir à la Soulages et des scènes d'anthologie à se noyer dedans. Violence, sexe et adolescente : le bon cocktail à la Elephant qui tue avec des scènes de crépuscule qui tâche. Et puis Le Lieutenant de Kate Grenville. Un excellent roman d'aventure australien, avec des bons sauvages et des vahinés, un soldat érudit (il y en a) et de la tragédie de principe qui rappelle Burton (l'écrivain, pas le mari de Liz Taylor). Surtout la Soif Primordiale (et ça fait 2 Métaillié, bizarre), de Pablo de Santis. Argentina forever. Le meilleur bouquin de vampires du XXIème siècle. Twilight peut aller se rhabiller. Voilà du vampire pour adultes et c'est très très bien. Quoi d'autre ? Dynamite Art d' Alex Ross, en 348 pages de héros à tomber et aussi en rattrapage 2011 le Chiéna Miéville de The City & The City (pas si bon que son idée géniale finalement). On peut dire les choses franchement : on n'a pas encore trouvé un MAUVAIS livre en 2012. Cela risque de ne pas continuer ainsi mais tout de même, cela sent la grande année truffière. Le critique/lecteur est un être fragile et affreusement niais : il suffit de 3 romans qui le transportent pour qu'il oublie tout ce qui s'est passé avant et replonge avec l'espoir d'enfin trouver cette année, ce mois-ci : le livre qui va changer sa vie.

 

2. Bah qu'est-ce qu'on ferait d'autre si on n'avait pas ça ? Il faut démarrer l'année en y repensant parce que ça se fait, mais, si on ne lisait pas, on aurait tout ce temps à meubler dont on ne pourrait rien tirer de meilleur que d'être SEUL avec le livre. Pas de parents, enfants, femme, maîtresse, amies. Après 10 jours de fêtes, ils ne nous manquent pas, au contraire. On est content de retrouver le boulot, le métro et les sièges à lire. La voisine d'en face dont on zieute l'entrecuisse (plus haut, bon sang), son Métro brouillé et ses horoscopes, son livre du matin et du soir qui nous fait deux jours. La lecture, c'est la vie, disait l'autre (mort depuis, Dumayet, R.I.P). Tout faux, c'est évidemment l'inverse. Allongé, assis, couché, sur le flanc. Il y a plus de positions de lectures que de combinaisons à 2 corps dans le Kamasutra. Et c'est 100% de chances de ne pas terminer précocément parce qu'on s'est trop laissé aller à désirer l'autre. Le livre se consomme comme on veut. Vous avez déjà entendu un livre se plaindre d'avoir été lu trop vite ? 

 

3. Avec cette histoire d'apocalypse maya qui arrive (en 2012, hé oui, mais vous aurez le temps d'en entendre parler), il faut se dire que c'est la dernière année qu'on passe ensemble. Vous avez intérêt à lire des critiques de morts de faim avant de perdre votre temps avec un roman. Autant dire que le rôle des critiques sérieux comme nous/moi qui lis/lisons les livres et qui applique/appliquons des techniques d'analyse hautement professionnelles et éprouvées, validées par l'éducation nationale, bien écrites et balancées, non dénuées d'une portée qui dépasse amplement la lecture du simple livre, autant dire que les critiques de ce calibre ont toute leur place en 2012 : il va falloir choisir les bons. Les lecteurs vont disparaître en même temps que les autres ou alors un peu avant. Il y aura des battues pour éliminer les derniers. Mieux que ça, l'espèce va s'éteindre d'elle-même dans 1 ou 20 ans, de sa belle mort. Il faut se gorger d'histoires et en emmagasiner un maximum avant la fermeture de la boutique. Les libraires vont déguster. Ils portent la TVA en cravate de notaire autour du coup mais ce n'est pas la question : ils n'ont plus aucune chance de survivre en dehors des ghettos bobos. Tant que l'éducation nationale fait semblant d'étudier le patrimoine. Et après ? On mettra des planches de bois sur leurs vitrines moisies. Les écrivains auront se monter le chapiteau ailleurs. Vive la 3D à lunettes, à bas la 4D, la 5D du roman traditionnel. Bienvenue dans la régression imaginaire. Alors, oui, la critique va vous sauver ce qui vous reste de temps et vous aider à suivre la piste. Un phare dans l'apocalypse.  

 

4. Il doit bien rester une histoire quelque part. Une seule et l'affaire est dans le sac. Prenez le chien, le rouge, la tente igloo et c'est parti. Personne n'a idée d'où elle se planque. C'est la Baleine blanche, la Jean-Pierre Treiber des histoires, la fille de l'air, l'alpha et l'omega de la fiction. Où qu'elle est ? Où ça ? Il va falloir qu'on les passe toutes au peigne fin, au tamis d'orpailleur pour mettre la main dessus. Même petite, même moche, 2012 pour toujours dans nos coeurs. Continuer comme ça ou alors juste les lendemain de fêtes. Nous voilà.

 

Par Benjamin Berton
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