
Bee et sa copine nympho dans
L'un de nos chouchous a été malencontreusement omis dans la liste des auteurs à suivre au prochain festival d'Angoulême. Et ce n'est pas parce qu'on a aussi écrit que Shutterbug Follies, le premier (et deuxième dans l'ordre de publication français chez Akileos) tome des aventures de Bee, était un peu moins bien que l'excellent qu'on en recommandera pas la lecture. Shutterbug Follies qui sort le 19 janvier 2012 (soit le meilleur moyen d'éviter Noël évidement) est une aventure de 160 pages, rien que ça, dessinée et scénarisée par l'excellent Jason Little dont on vous invite aussi à relire l'interview, la seule disponible en français pour l'heure.
Dans ce volume, qui marque donc l'apparition réelle du personnage, notre héroïne Bee est vierge (elle a couché... dans le tome précédent), vient de boucler ses études secondaires et a pris un emploi de "développeuse" dans un labo photo de quartier. Là, et en bénéficiant du soutien bienveillant de notre second rôle préféré, sa copine nymphomane ultrasexy, elle collectionne (c'est son côté arty) des clichés pris par des quidams en une sorte de grande revue des bizarreries humaines : photos scatos, photos tendres, photos cochonnes, photos cocasses, goûters d'anniversaire et autres étrangetés. Par cette fenêtre sur les âmes humaines, l'aventureuse t(mais pas encore aventurière) Bee va se laisser entraîner dans une sorte de jeu macabre avec un photographe d'art contemporain... russe (et roux!), lequel s'est fait une spécialité des photos choc de cadavres, d'accidents, etc. Ce photographe réaliste dissimule en réalité... un psychopathe qui met en scène, sur le modèle des snuff movies, de vrais accidents et meurtres pour pouvoir en faire des oeuvres d'art. Ce tordu, aussi terrible qu'un méchant chez Hergé (autant dire, très très méchant qui ne fait pas peur à mort), ira s'attaquer à sa propre épouse. Bee mène l'enquête, s'allie à un taxi et va se retrouver de fil en aiguille en planque puis en infiltration autour du psychopathe dont elle devient la nounou du fils malade.
Mystère et boules de gomme, on en dira pas plus mais l'histoire pour un coup d'essai est magnifique : intelligente, dynamique, sensible, joliment troussée et dessinée comme il faut dans un style cartoony au poil. Comme on l'avait fait en commentant Motel Art, on insistera sur la qualité du découpage de Little qui s'y connaît en dramaturgie. Les scènes de planque sont superbes de dramaturgie, de même que les 30 dernières planches qui font monter l'angoisse au pinacle. Bee passera-t-elle à la casserole ? On sait que non mais on y croit jusqu'au bout. Le rapprochement avec Hergé qu'on avait tenté en début d'année est ici encore plus pertinent, si ce n'est que Bee est un personnage de femme et dispose d'une personnalité et d'une épaisseur que n'avaient pas le petit reporter belge. Signe des temps, cette transformation sur les mêmes bases (jeunesse, esprit risque tout, curiosité, intelligence, vivacité) devrait parler à n'importe quel jeune d'aujourd'hui, même si, par rapport au tome 2, le volume souffre de quelques faiblesses et notamment d'une linéarité peut-être trop prononcée. Album classique, Shutterbug Follies se doit d'être découvert pour sa crudité, sa modernité, parce qu'il introduit aussi l'une des obsessions de l'auteur qui est ce rapport à l'art contemporain, ce jeu sur les formes. Hergé, on le sait, partageait avec Little ce goût.
L'auteur sera à Angoulême cette année.

Bee à la lutte avec l'artiste russe tueur