Polar du grand froid éditions Actes Sud

18/08/2006 - 13h20
Polar du grand froid
Prenez une disparition qui remonte à plus de quarante ans, ajoutez un journaliste financier dans la tourmente et une jeune femme aussi séduisante qu'une pierre tombale mais douée en piratage informatique. Mettez le tout sur une île minuscule dans une famille de dingues. Vous obtenez le premier volet de la trilogie Millenium, servi par Stieg Larsson avec de la glace.

- Lire un extrait de les hommes qui n'aimaient pas les femmes - Le polar scandinave : un dossier de la rédaction livres

Ancien rédacteur d'une revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis longtemps. La petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Lisbeth Salander est une jeune femme rebelle, piercée et tatouée autant que possible, elle est placée sous contrôle social mais se révèle être une fouineuse hors pair. Elle est en outre dotée d'une mémoire quasi photographique. Aidé de Lisbeth, Mikael Blomkvist se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier.

 

Montage pornographique

 

Découpé en séquences, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, se déroule comme un film, une bande en cours de montage, répartie sur quelques pistes. L'intrigue se fait jour en suivant un personnage, son histoire à lui, ses états-d'âmes. La séquence suivante vous en présente un autre, ils co-existent mais ne se connaissent pas, ou pas encore. La magie du montage les rapprochera mais on a notre temps. Avant cela on fait leur connaissance, on éprouve leur caractère, par exemple celui de Lisbeth qui en a beaucoup. Caché sous ses airs d'associale elle est capable de tout pour qu'on lui foute la paix. Elle ne fait rien pour être aimée, du moins ne le fait-elle pas comme les autres et c'est finalement ce qui la rend désirable. Plusieurs intrigues attachées aux personnages et clairement balisées, se croisent ou s'évaporent avant de reparaître quand on ne les attends plus. L'exposition pourra sembler un peu longue, le récit paraître s'éparpiller. Mais c'est comme une scène d'amour : il ne faudrait pas précipiter les choses. Chaque séquence est une pièce de puzzle, une portion de mémoire que l'on joue au présent, dans un aller retour incessant avec le passé.

 

Personnages en orbite

 

Le récit commence donc en un long préliminaire, il louvoie et s'appuie solidement sur l'identité des différents protagonistes. Celle de Mickael, surnommé super Blomkvist par la presse. Une ex-star du journalisme économique, tout juste propulsé sur une orbite parallèle par une condamnation en diffamation. C'est l'occasion pour lui de faire le bilan. La roue tourne. Comment respecter une ligne de conduite lorsque l'on fait face à la pression de monstrueux groupes industriels ? Et voilà Henrick Vanger, un entrepreneur de la vieille école, un bonhomme au sourire bienveillant qui fait appel à lui. Voilà donc Mickael qui mène une enquête sur la famille Vanger, pendant que Lisbeth mène une enquête sur Mickael, alors que les services sociaux mènent une enquête sur Lisbeth. Curieuse mécanique que l'on observe à loisir. Personnages en orbite qui prennent de la vitesse jusqu'au vertige. Et s'il ne s'agissait pas d'une scène d'amour ? On s'en aperçoit mais trop tard : c'est une histoire de secrets de famille aux relents écoeurants. C'est finalement au viol de la mémoire des Vanger que l'on assiste. Les séquences se rejoignent en un climax qui ouvre des portes que l'on croyait inviolables. C'est la nausée. A trop prendre de temps, Stieg Larsson prend le risque d'ennuyer. En réalité, c'est le temps nécessaire pour donner au récit l'inertie nécessaire et faire réellement connaissance avec les personnages que l'on suivra dans la trilogie. A lire d'une traite, Les hommes qui n'aimaient pas les femmes se reçoit comme une poignée de neige sur le visage. Un jeu sans conséquences mais qui peut révéler des tensions sous-jacentes. Un récit qui n'est pas sans rappeler Festen, le film de Thomas Vinterberg.

 

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes Stieg Larsson Actes Sud. Collection Actes noirs

 

Illustrations : 1. Couverture de l'édition originale (detail)| 2. Edition française (dr)

 

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