Palomar, soupe de coeurs brisés

15/05/2007 - 13h16
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J'ai parfois envie d'un de ces trucs du genre "5 étoiles", "3 smileys d'argent" ou d'un "prix spécial poisson doré", tellement vulgaires et surtout problématiques mais aussi sûrement utiles quand j'aurais envie d'attirer l'attention de nos visiteurs sur le fait que s'ils ne lisent pas la BD dont je leur parle, ils peuvent aussi bien arrêter de lire tout court. Palomar City de Gilbert Hernandez, aussi connu sous le titre de "Heartbreak Soup", est une de ces oeuvres qui mériteraient autant de point que j'aurais à donner. J'avais déjà parlé du premier volume paru il y a un an sans craindre l'emphase, mais ce n'était sans doute encore pas assez.

 

 

Palomar, donc, c'était la moitié du magazine Love & Rockets de Gilbert et son frère Jaimie Hernandez, responsable lui de "Locas". Les points communs sont évidemment nombreux entre les travaux des deux frères, mais ce qui étonne le plus, outre une telle concentration de talent, c'est la différence fondamentale de leur approche respective. Alors que Jaimie s'attache à une poignée de personnages qu'il étudie de toujours plus près depuis un quart de siècle, Gilbert lui ne précise et n'approfondit presque jamais ses personnages, souvent réduits à un simple trait de caractère ou un simple conflit dont ils ne se détacheront jamais malgré les années. S'il souhaite aborder un nouvel aspect de la condition humaine, il donne un nouvel enfant à l'un de ses personnages.

 

La distribution de Palomar est par conséquent assez large, et toute la complexité et la subtilité de l'oeuvre (qui n'en manque pas) tient aux relations entre ces personnages. Pour ça, Palomar n'aurait pas pu exister autrement qu'en BD, même si on pense forcément aux Cent Ans De Solitude de Gabriel Garcìa Marquez : il n'y a presque jamais un personnage seul dans les cases d'Hernandez, et il s'y passe et s'y dit rarement moins de deux choses. Cette juxtaposition que permet la BD mieux qu'aucun autre médium est le procédé le plus essentiel à une oeuvre où rien n'a de sens que relativement au reste.

 

Mais trêve de considérations techniques assommantes : vous devez lire Palomar City parce que Luba, la mère spirituelle de tous les enfants de Palomar aux seins énormes y devient maire pour de vrai, parce que Carmen qui a été trouvée petite fille sur un marché avec un panneau marqué "bon débarras" y distribue des remèdes de charlatan toujours plus absurdes et parce que Casimira qui a perdu son bras en jouant avec les singes sauvages qui attaquèrent le village le terrorise à son tour en utilisant sa prothèse comme gourdin et comme torche.

 

Palomar City, tome 2

 

Gilbert Hernandez

 

Le Seuil

 

Par Cédric Le Merrer
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