
Publié en 1821 et signé par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, le Chat Murr est un vrai bon roman pour l'été dont on vient de retrouver hier la photographie du principal protagoniste. Murr, d'après les estimations des scientifiques qui l'ont découvert sur un terrain vague de Hambourg, en serait à sa huitième vie depuis la fin du roman. Il souffrirait d'une série d'addictions graves, à l'alcool, au tabac et au cannabis, addictions qui ne mettent, pour le moment, pas sa santé en jeu.
Rappelons qu'à l'époque d'Hoffmann, ce chat, l'un des plus célèbres de la littérature européenne (avec celui de Baudelaire, peut-être), vivait déjà en Allemagne et racontait ses exploits par écrit. A l'issue d'une erreur de la maison d'édition, les mémoires du chat Murr avaient été entrelacées lors de la publication avec celles beaucoup moins intéressantes du chef d'orchestre Johannes Kreisler qui décrivait ses amours, son ascension sociale et les travers d'une cour dont j'ai oublié la situation. Ce qui était hilarant dans le chat Murr, c'était évidemment d'entendre un chat apprendre à lire, à philosopher et enfin accoucher d'une oeuvre artistique de haute volée. Car Murr était doué le bougre, malgré un ton un rien savant et empreint de pédanterie. Son observation de la société des hommes était fine et pleine d'esprit, et ses exposés sur ce que les chats auraient du faire pour élever leur conscience de classe se laissent encore lire aujourd'hui, le sourire aux lèvres. Murr savait émouvoir quand il tombait amoureux fou et se faisait doubler par un matou brute épaisse. D'après la police de Hambourg, Murr devrait être maintenu en cellule pendant quelques jours et subira des interrogatoires poussés afin que les universitaires allemands puissent comprendre pourquoi cet ancien esprit éclairé est tombé si bas. D'aucuns diront que notre siècle récompense mal la culture classique et que Murr n'est pas ce qu'Hoffmann a fait de mieux. Ses Contes et son premier roman les Elixirs du Diable en disent, il est vrai, aussi long que le chat sur la façon dont on peut intriquer les récits, mêler les voix et instruire son lecteur.
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