Nicolas Rey : Vallauris Plage

16/05/2006 - 10h04
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A vrai dire, je n'ai aucune affection pour Nic. Rey., son oeuvre et son personnage encore moins. La première est emblématique d'une fusion presque revendiquée entre la tradition française de droite (Nimier, Blondin, Matzneff) et un courant trash importé des classes populaires ou des Etats-Unis (Despentes, Ellis, Carver) qui ne fonctionne pas du tout et incarne ce que je trouve le plus rebutant dans le roman français : une forme vide pour un fond vicié et toc. A côté de Rey qui fait ça quasi exclusivement dans le registre amoureux (il aime Nick Hornby), je préfère encore Beigbeder qui, à mon sens, est plus intelligent et a mieux intégré l'apport de Brett Easton Ellis. Avec Rey, on se retrouve comme toujours au coeur de l'Ecole de Versailles, l'une des plus puissantes chapelles littéraires françaises : père directeur commercial dans l'industrie chimique, ambition personnelle "ne pas travailler" en réaction contre le milieu familial, boîtes de nuit parisiennes, alcoolisme mondain, invitation chez Ardisson dès qu'on a écrit trois lignes sur son PC etc. On raconte l'amour et on y mélange la mort et la folie parce qu'Eros et Thanatos bien sûr. On se donne un tour romantique car la passion ne peut pas durer, hein ? La vie passe, ça s'émousse, on passe du sexe à la tendresse et du sexe à la haine, du sexe à l'infidélité, oulala. Voilà Nic Rey. C'est évidemment intéressant (nous sommes tous des hommes et des femmes par delà nos différences, hein ?) mais ça n'a rien de neuf et ne mérite sans doute pas qu'on s'y arrête.

En ce qui concerne Vallauris Plage, je viens à lui : il fonctionne mieux que les précédents car Nic Rey s'est cassé la tête à inventer des personnages et une intrigue presque policière. En sortant son monde de Paris où il étouffait, il redonne un peu de jus à sa mayonnaise et réussit à faire illusion sur quelques pages grâce à quelques trouvailles amusantes. Ses personnages sont tocs (Frank Bastide est le narrateur, c'est un serveur neurasthénique...) et s'ébattent dans un environnement Riviera sexuel, festival de Cannes, folles nuits, où une nana toute puissante cherche l'amour, le vrai et pas le sexe d'un soir. Evidemment c'est beau : une fille qui cherche la passion et ne veut pas la vie de madame tout le monde. Vous avez l'idée générale. Soyez sûr qu'à Vallauris Plage, vous ne croiserez jamais le monde tel qu'il est. C'est ce qui est bien chez Nic Rey. Plus qu'un mélange de Nimier et de Ellis, il réussit cette fois à mélanger Massimo Gargia et Alex Garden (ou Jardin pour les intimes), encore et encore. A croire que toute la littérature française mène à Alex Garden.

 

 

 

 

 

 

 

Par Benjamin Berton
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