Neonomicon : Alan Moore et les orgies gothiques

29/12/2010 - 09h50
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Neonomicon : Alan Moore et les orgies gothiques

 

Alors qu'est sorti pour Noël un magnifique recueil de ses histoires inédites (et très anciennes pour des magazines britanniques), Alan Moore a refait parler de lui ces derniers mois avec le lancement dans les bacs d'une nouvelle bande-dessinée baptisée Neonomicon. Moore n'avait plus rien produit depuis sa (Century) dont les tomes devraient s'enchaîner à raison de un par an, suivis peut-être par un nouveau roman et par une somme graphique et magique prévue pour 2012.

 

Prévue en 4 fascicules, Neonomicon (référence au Nécronomicon, le livre des morts bien sûr) a démarré il y a quelques mois chez Avatar et a pris tout le monde par surprise, Moore ayant déclaré à plusieurs reprises qu'il en avait soupé des comics et ne souhaitait plus se lancer dans de telles aventures. Accompagné par Jacen Burrows au dessin, Moore signe en fait la suite du crépusculaire et horrifique The Courtyard, qui bénéficie ces temps-ci d'une réédition. On y suivait alors la lente descente aux enfers d'un flic ayant maille à partir avec des démons et une schizophrénie galopante sous influence Lovecraftienne. Neonomicon reprend les choses où on les avait laissées. Le tueur flic est en taule et complètement ravagé tandis qu'un duo de flics très "série US", une jeune femme soignée pour des troubles sexuels compulsifs, et un sosie de Harry Roselmack, viennent taper à sa porte. Un copycat serial-killer hante les environs et tout démarre comme une copie léchée du Silence des Agneaux ou d'Hannibal le cannibale. Le graphisme est inquiétant, presque classique, dominé par des déclinaisons de gris et de noir impeccables. Le style de Burrows est parfait pour installer une atmosphère qui, si elle est un peu décevante sur le tome 1, va s'emballer sur le fascicule 2.

 

Car le n°2, s'il s'achève sur un cliffhanger (les yeux de la créature dans le flou) est une vraie horreur qui aurait pu ou dû créer l'événement, si la sortie de Neonomicon ne s'était faite en catimini. Nos deux flics sont lancés aux trousses d'une compagnie de gens ordinaires qui pratiquent des sortes de rituels orgiaques dans des locaux industriels désaffectés. La deuxième partie de ce tome 2 est intense, sexuellement plus qu'explicite et laisse n'importe quel lecteur moyen (ou averti) complètement groggy. Ce qui s'annonçait comme une balade policière traditionnelle vire au cauchemar sadien, aux séances de torture et de viols fétichistes : c'est à la fois très osé et complètement choquant. Le pire advient avec la mort brutale et complètement inattendue d'un des héros avec lesquels on pensait encore faire un bout de chemin. Et on a encore rien vu. Diversement accueillis par la critique, ces numéros risquent, si la suite est à l'avenant, de rester dans les annales (sans mauvais jeu de mots) comme deux nouveaux jalons importants dans la carrière du Mage Moore. En payant ainsi un tribut appuyé à Lovecraft et à Crowley, Moore réunit aussi ses trois obsessions de la période : la magie, l'érotisme (comme maladie et moyen d'accomplissement) et la violence. Neonomicon est foncièrement laid, violent, abject mais rivalise en suspense et en impact avec tous les autres mediums. Cet effet de saisissement par l'art graphique est sans doute au coeur de la petite démonstration à laquelle se livre Moore autour de ce joyau. Le numéro 3 prévu pour début décembre a été retardé de quelques semaines et devrait sortir sous peu. On en frissonne déjà.    

 

Lire aussi : Alan Moore, le dossier

 

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