Nécessité ou déballage

01/01/2008 - 00h00
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Laure Adler livre dans A ce soir un témoignage rigoureux de la mort de son enfant et du terrible deuil qui l'a suivie. PLusieurs années après, la journaliste se livre à un exercice bien étrange, partager avec tous cette douleur inénarrable. Lorsque le particulier côtoie l'ordinaire, le lecteur s'interroge sur la légitimité de ce type de récit de l'intime.
L'auteur
Didier Hénique

    Que son écriture ait répondu à une impulsion irrépressible, comme Laure Adler le déclare elle-même aujourd'hui, personne ne lui en fera pourtant le reproche : la question n'est pas là, bien entendu. Nous comprenons bien la douleur de celle qui écrit, la douleur d'une mère qui porte son deuil au jour comme dix sept ans plus tôt elle y porta son bébé, Rémi.

    Moins de 200 pages d'une écriture nerveuse, précise, insoucieuse de littérature, pour tenter d'exorciser enfin le cauchemar, ce grand chien fou qui n'a jamais tout à fait abdiqué. Il ne s'agit donc pas de reprocher à ces lignes ce qu'elles ne pouvaient qu'être, et que le temps n'est pas parvenu à apaiser, tout juste à tenir à distance quand il le fallait. Encore une fois, on se représente trop bien ce que pour une mère peut représenter la disparition de son enfant pour faire grief à Laure Adler de ne rien nous épargner de l'exposition du drame, de la première crise d'étouffement jusqu'aux épisodes insupportables vécus dans les salles d'hôpitaux, de la rémission provisoire jusqu'à l'inacceptable, avec, en corollaire, le récit de sa souffrance, le silence, toutes ces étapes successives d'après l'absence traversée comme, en rêve, le dormeur s'étonne de ce que le mouvement de sa course ne puisse jamais l'arracher tout à fait à l'immobilité.

     

    Pour Laure Adler, ancienne intime de François Mitterrand, biographe célèbre de Marguerite Duras, responsable d'une grande chaîne de radio "à vocation culturelle", il s'agissait certes d'abord d'assigner le témoignage à un rôle salvateur, thérapeutique. Le lecteur se trouve dès lors d'autant plus fondé à s'interroger sur les raisons qui l'ont amenée ensuite à le remettre à son éditeur. Car cela ne suffit pas à en faire une oeuvre littéraire, hélas !, tant il est vrai que le tragique peut parfois confiner à l'ordinaire. Mais le plus troublant, dans cette initiative, reste sans doute que ces pages y aient finalement gagné une place de choix parmi toutes celles déjà occupées par les candidats aux distinctions de novembre.

     

    Par Didier Hénique
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