
Best-seller en Italie, , signé Pulsatilla, est, pour caricaturer, le nouveau roman à lire en jean slim avec une mèche qui pend sur les yeux. Si on peut comprendre ce qui a pu faire marcher aussi bien le bouquin (en Italie donc, et peut-être bientôt en France où il vient de sortir Au Diable Vauvert), on ne cautionne pas.
L'intelligence féminine ? On ne trouve dans ... qu'une vague sociologie des lieux communs, tout juste digne des pires magazines féminins. Quand Pulsatilla fait de l'esprit, ça donne quelque chose comme ça : "Dommage pourtant que, chaque fois que tu sors de chez le coiffeur, il tombe une pluie torrentielle". Brillant. Et ce n'est même pas à prendre au second degré.
De l'humour ? Il ne relève pas vraiment de l'originalité de miser sur le triptyque Zizi-pipi-caca pour rendre son texte drôle et osé. Pulsatilla nous révèle très crûment une foule de petits problèmes censés nous faire rire, et dont on se passerait bien. Exemple, ses "règles douloureuses avec diarrhée" : "Chaque fois que tu vas aux chiottes, tu dois faire la guerre sur deux fronts en même temps". Tordant.
De la subversion ? En dehors de quelques considérations sur divers régimes draconiens et la façon dont les magazines de mode y poussent les femmes (ah, c'est original, ça aussi), Pulsatilla s'insurge aussi, non sans qu'on y perçoive une sorte de fierté, contre "le fait que dans la plupart des cas tu doives t'enfiler le doigt dans la figue pour mettre en place le tampon". Qu'en termes galants ces choses-là sont dites... Et l'idée s'étale sur plusieurs pages : même ton, même combat.
Alors qu'il devrait se mettre au service de la cause féminine, en gueulant tout haut ce que tout le monde oublie (la connerie des mecs, la douleur des règles, la dictature de l'apparence), le discours d'une Pulsatilla (comme celui de la plupart des trashouillo-féministes ou faiseuses de chick lit apparues ces dernières années) pourrait bien plutôt la desservir. Notamment, en réduisant la femme à une névrosée du milligramme de trop, qui ne se bat que pour son brushing ; à une obsédée de la bite, qui largue les gentils amoureux impuissants pour des bons coups hyper salauds.
A bien y réfléchir, ce n'est pas tant l'ouvrage de Pulsatilla qu'il faut blâmer que cette mouvance qui voudrait que pour être cool, drôle et libérée, une femme ait à aller clamer partout que la ficelle de son string lui rentre dans le cul, et qu'elle ne ressent rien aux gâteries que lui prodiguent ses nombreux mecs. On a encore le droit d'avoir une plus haute idée de la femme.
Par Céline Ngi Follow @Fluctuat_livres