Mon père ce magicien

03/01/2007 - 10h31
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L'illustration est ce qu'on appelle un coup bas qui ne fait pas justice à un ouvrage qui, à défaut, d'être tout à fait convaincant mérite qu'on salue ses ambitions. Dans ce magicien, Rezvani s'imagine en fils d'un magicien cultissime, vénéré par l'ensemble de la profession. Après avoir refusé plusieurs invitations similaires, le fils de la légende accepte finalement de participer en observateur à un Congrès magique annuel se déroulant dans une forteresse inexpugnable dans l'Himalaya. Il embarque ainsi dans une aile volante ultrarapide, créée par son père et mue par des forces inexpliquées, pour rejoindre un Tibet enclavé, en forme de lieu-clos pour l'exploration des âmes et des vies. Au milieu des magiciens, répartis en castes selon leur mérite, le fils devient le centre d'attention de tous. Il confesse, il résiste à l'hagiographie qu'on lui sert de son paternel et joue le rôle du sceptique et du rationnaliste face aux exploits supposés des uns et des autres : téléportation, lévitation, hypnose,... Chez Rezvani, la magie est plus discutée que montrée. La subtilité du livre, bâti à 80% sur des des dialogues, tient en cette volonté du fils de résister à la figure envahissante du père, véhiculée par les magiciens, homme et femmes (quelques personnages de sorcières très réussis), en mettant en cause la réalité de ses pouvoirs. L'interrogation porte ainsi sur la réalité du merveilleux dans son rapport à la science ou la raison, sur la valeur de la croyance et sur la manière dont se structurent les messages outre-réels. La clique des prestidigitateurs est hilarante, peinte comme un congrès de VRP scientifiques, dans ce décor entouré par les montagnes, cernées par des douves profondes et emplies de sangsues géantes.Sur ce canevas parfait, ce qu'on reprochera (à tort) au livre c'est finalement d'être trop corseté par sa forme (le discours) et ses intentions (le double projet étude du lien filial/ exposé sur la magie), au détriment de sa fantaisie. On eut aimé, sans tomber dans un livre de Christopher Moore (encore que), que Rezvani lâche la bride à ses magiciens et leur fasse peut-être faire en direct les miracles dont ils se targuent. Du coup, le livre manque de spectaculaire. A l'inverse d'un Baron de Münchausen, dont l'exposé est tellement clair et brillant qu'on finit par

croire à ses trucs, les magiciens de Rezvani apparaissent, par la faute de l'auteur, en demie-teinte et manquant de consistance. Si c'est bien l'un des propos du livre, il aurait pu être atteint, compte tenu de l'excellente mise en place et des moyens immenses de Rezvani, avec une plus grande efficacité. Le Magicien, comme le père du héros, se lit avec un grand plaisir, suggère l'immense bouquin qu'il aurait pu être mais manque de percussion fantastique.Adage maison : en littérature comme ailleurs, à trop raffiner, on diminue ses effets.Le Magicien, ou l'ultime voyage initiatiqueSerge RezvaniActes Sud

 

 

Par Benjamin Berton
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