
Mon vélo d'appartement David Douillet, installé d'abord dans la salle à manger, puis la salle de bains
De nombreux lecteurs et néanmoins amis (j'ai reçu 3 mails tout de même sur le sujet) me demandent de faire un retour façon ciao-les bons avis, sur la réception de mon Kindle, 99 euros, acheté/offert début décembre... pour Noël. Je sens dans l'air, et alors que le boom des tablettes (instrument qui ne me paraît pas digne d'un pari d'avenir, tant l'appareil est bizarre et paraît « entre 2 mondes ») agite ma communauté lisante, un véritable frémissement chez les plus sceptiques concernant l'ebook. Est-ce la récurrence en ce début d'année des types qui prévoient la fin du livre, est-ce la tentation éprouvée par les contempteurs des gadgets technologiques de mordre dans le fruit défendu ? Est-ce une volonté de s'encanailler ? Toujours est-il qu'il y a des demandes assez anxieuses qui émanent de partout et qui trahissent un marché de masse en passe de basculer dans la nasse de l'e-book avec ce regard affligé qui demande : « Tu crois que ça vaut la peine ? ».
J'adore cette question, à laquelle je réponds immanquablement « oui, bien sûr » pour soutenir l'économie chinoise (hé,hé) et précipiter le déséquilibre de notre balance commerciale.
Kindle donc. Après 3 mois, il faut reconnaître que l'objet a failli rejoindre mon vélo d'appartement dans le garage. J'ai dépassé, comme je l'ai déjà dit, assez rapidement le stade de l'accumulation de livres gratuits. Après avoir vécu quelques jours dans l'ivresse du pique-assiette (je me suis rappelé les débuts du téléchargement illégal côté musique) et ramené sur mon appareil tout Shakespeare, Wells, London, Victor Hugo (putain, Victor Hugo !), Rimbaud et Jules Verne, il ne m'a pas fallu longtemps pour savoir que je n'en ferai JAMAIS rien ou alors pas avant d'être parti en retraite, période où j'aurai sans doute lâché l'affaire depuis longtemps. Mon kindle est né avec une reprise de Vonnegut Jr en anglais, avec City & the City de China Miéville, par le nouveau Gibson (avalé en technophile en 3 jours seulement) et a failli être emporté par une tentative foireuse de lire Alexis Jenni dessus. Jenni ne doit surtout pas être lu au Kindle. L'appareil (je m'en suis rendu compte) vous rend plus sensible à l'ennui. C'est un accélérateur de jugement intéressant : si on lit un livre papier, on est plus indulgent et plus facilement distrait par les pages, l'épaisseur, le toucher du livre, si bien qu'on peut s'accommoder plus longtemps d'un truc ennuyeux. Sur le Kindle, l'affichage du % du roman qu'il vous reste à lire est décourageant quand on s'ennuie, si bien qu'on a tendance à être un lecteur plus cruel. Jenni donc a failli avoir la peau de mon Kindle puis je suis reparti sur la rentrée littéraire.
Vieux machins rétrogrades
Les éditeurs étant de vieux machins rétrogrades, ils préfèrent tous embouteiller la carpette de ma chambre à coucher avec leurs nouveautés plutôt que de m'envoyer des fichiers numériques (qu'est-ce que vous attendez ?), du coup, j'ai dû abandonner le Kindle pour couvrir la rentrée. Rien pendant un mois et puis vlan : pas d' Amis en téléchargement français. Que fait Gallimard ? J'ai cherché Jauffret le jour de sa sortie. Rien du tout. De quoi être découragé ? Le Kindle a failli mourir du syndrome du vélo d'appart : 3 semaines dans la salle à manger à pédaler comme un dingue et puis 30 ans dans le garage à faire rouler les araignées et les cafards. Et finalement, c'est reparti. L'objet me manquait. J'ai eu la bonne idée d'acheter en même temps que l'appareil une housse en cuir à 15 ou 16 euros qui est vraiment chaleureuse et m'a donné envie de le retrouver. La housse en cuir réussit presque à elle toute seule à contrebalancer la froideur et le caractère rudimentaire de l'outil. On peut la caresser du bout des doigts et retrouver la sensation tactile qu'on éprouve au contact d'une édition luxueuse. Avec le temps et compte tenu de son incroyable confort de lecture (attention, il n'y pas de rétro-éclairage, je l'ai déjà dit, et aucune possibilité de lire sans lumière), mon Kindle marque des points de jour en jour. Comme une petite bête numérique, comme un iphone, un bébé humain ou un animal de compagnie sur lequel on était sceptique au début, le Kindle gagne en chaleur et en affection au fil du temps. A ce rythme là, il est probable que j'aurai envie de pédaler avec ardeur pendant de longs mois.
Signe des temps, je me suis demandé quand arriverait en France la version Fire qui est déjà commercialisée aux Etats-Unis et qui débarque en Angleterre. Ce nouveau modèle représente un progrès technologique considérable mais enterre à sa manière le ebook des premiers temps pour se caler sur le modèle des tablettes. C'est sans doute un mal pour un bien.
En attendant, je continue mon odyssée numérique, sans enjeu ça va sans dire. A n'importe quel moment, je pourrai pour faire branché ou orthodoxe prétendre qu'il n'y a que le papier qui m'intéresse. Ce qui est bien avec la technologie, c'est qu'on peut se montrer enthousiaste puis rétif sur un coup de tête et un coup de vent ou de sang.

Le futur du futur : le Kindle next gen (qui n'existe pas, si ?)
Par Benjamin Berton