
J'ai manqué à tous mes devoirs en ne parlant pas en son temps de la formidable série Mice Templar dont le premier volume relié, Prophecy, est sorti en septembre dernier en version originale. Comme souvent, je n'ai pas vérifié si une sortie française est prévue mais on parle sur les forums d'une reprise de cette création Image Comics pour 2010, ce qui est une excellente nouvelle. Pour ceux qui ne tiendraient pas jusqu'à la VF, Mice Templar (épisodes 1 à 6 donc) est toujours disponible dans les librairies spécialisées et fait l'objet déjà d'un petit culte décalé dans le milieu des amateurs de comics. Image nous avait habitué à prendre les genres à rebrousse-poil. C'est encore le cas ici pour les aventures de Karic, la souris sans famille changée en héros ninja et potentiel sauveur de l'humanité, suite à l'explosion de son clan et à son massacre par des méchants rats et des traîtres bessoniens du meilleur acabit. Ecrite par Bryan J. L; Glass et dessinée par l'excellent Michael Avon Oeming (Powers notamment), la série est le résultat d'un projet germant chez le scénariste depuis quasiment 10 ans. Glass jouait avec les souris depuis des années et s'est enfin décidé à placer sa petite marchandise et à se lancer pour de bon dans le monde des comics professionnels. Le résultat est épatant de noirceur et de maturité.
Mice Templar en soi ne révolutionne pas les canons du genre. On retrouve dans le scénario des ingrédients ultratraditionnels de l'heroic fantasy et de la SF (le rescapé solitaire qui doit racheter son héritage, sauver le monde, le faible contre le fort, la quête au long cours désespérée, les motifs médiévaux et magiques, le petit scarabée, le récit à étapes,...) dont se jouent tous les mois les Frères Luna dans leur série The Sword, mais agencés avec un brio et une détermination qui font mouche. Les 6 premiers épisodes constituent un parcours initiatique passionnant, sublimé par le dessin d'Oeming et par des saillies d'une violence à laquelle ont été rarement mêlées les souris que je connais. Karic, le fragile héros du début, part à la recherche de ses parents réduits en esclavage, traverse des mondes hostiles, meurt à plusieurs reprises et revient de nulle part, protégé par des visions et des interventions divines qui font de lui une sorte de mystérieux élu.

La rhétorique de Mice Templar n'est pas surprenante mais sa justesse suffit à en faire une BD passionnante. On vibre et on fuit avec Karic. On pleure, on chante, on rit. La fusion des univers médiévaux, des films de sabre et des sagas fantasy est particulièrement réussie et crédible. On sent sur chaque page que ce projet vient d'assez loin, a été développé sur de nombreuses années et que la vision de Glass conduit à la construction d'un monde à la fois aussi complet, détaillé et documenté qu'un mini-Seigneur des Anneaux.
Comparer, à ce stade, et quand on connaît ne serait-ce qu'un peu la méticulosité de J.R.R. tolkien, et Glass serait évidemment exagéré. Côté plaisir, on se situe néanmoins dans des eaux similaires : on ressent la même fraîcheur à suivre les pas des souris qu'en découvrant pour la première fois, il y a (bip) années, le monde de Bilbo. Rien que pour ça, l'histoire du Temple Souris est un miracle.
Correctif : l'édition française existe et est disponible chez Milady, maison d'édition comics de chez Bragelonne. Le volume s'appelle La Prophétie. Mille excuses pour cet oubli.