
Encore un billet par un chroniqueur sur la vie des chroniqueurs, c'est moche et autocentré en plus : tout ce qu'on déteste lire et voilà qu'on se met à en écrire soi même, ce qui..., tout de même, évite de lire ceux des autres qui en font peu finalement, et c'est tant mieux, non ? Lorsque je me promène dans la rue au Mans et qu'on me reconnaît, de nombreux admirateurs internautes me disent : "Hé Myosotis, ça doit être horrible la période de la rentrée littéraire pour toi. Comment tu fais pour lire autant de livres ? - Oh, je réponds, c'est toujours un plaisir de lire des livres et puis on est là pour ça, aider au choix, faire plaisir en en prenant un maximum".
Lorsque je réponds ce genre de choses et échange quelques mots avec la personne tandis que je signe un autographe ou échange un numéro de téléphone, je mens. Je ne prends pas des trains à travers la plaine mais je mens comme un arracheur de dents. Tous les chroniqueurs/lecteurs vous le diront : la rentrée littéraire est un moment particulièrement difficile à vivre parce qu'on se sent débordé de toutes parts, parce qu'on sent que les bons livres nous échappent et qu'on a tiré dans la grande loterie des avant-programmes que des nanars, des bûches de Noël, des livres dont on ne voudrait même pas lire le quatrième de couverture et qui nous attendent parfois 2 à 3 semaines avant leur sortie en librairie, nous font les yeux doux et hurlent :"Lis-nous, lis-nous, dévore nous et dis du bien de nous, sinon on est morts". Les livres qu'on reçoit GRATUITEMENT par camions entiers sont alors étalés sur un tapis, au pied du lit et jouent du coude pour gagner le haut de la pile. "Moi, moi, monsieur." Ils jouent au fayot mais ne se font aucune illusion. On lira en priorité les grands noms, ceux que tout le monde va faire parce qu'ils ont (peut-être) une chance supérieure d'être... bien ou foireux... ou alors juste une chance supérieure d'être lus par d'autres que nous et donc commentés et cherchés sur le net. Pour la rentrée littéraire, les premiers SERONT les premiers. Les autres ne seront même pas derniers. Ils ne seront même pas classés. On les refourguera dans une bouquinerie fin novembre sans même une trace de doigts sur le fronton pour leur dire adieu.
La rentrée littéraire est un désastre pour les écrivains et pour les livres. Pour les chroniqueurs, elle leur fait toucher du doigt la vanité de leur métier. Comment découvrir quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Comment intéresser un "public" au livre de quelqu'un que personne ne connaît ? Pourquoi dire du bien d'un truc que personne n'a AUCUNE intention de lire ou d'acheter ? Comment faire son malin en lisant tout ce que monde lit et commente à longueur de journal, magazine, site ? Ok, il y a plus malheureux. Ok, il y a plus pénible. Ok, la souffrance du chroniqueur à la solde de Lagardère, ça ne va arracher une larme à un écrivain tricard mais ce n'est pas si simple. Pour résister, nous avons chacun nos trucs. Voici les miens :
1. Caser entre deux livres de la rentrée un livre qui n'en fait pas partie : cette année, je me suis refait des H-G Wells pour patienter entre les nanars et les chefs d'oeuvre 2009. . . Souverains. Des Updike aussi. Le Brian Evenson que j'avais raté. Un livre sur la chimie du quotidien très intéressant. J'ai essayé de lire tout ce qui ne portait pas le millésime "NOUVEAUTES" pour me changer les idées. thierry hesse. Wells. Beigbeder. Wells. Vollmann. Wells. Fauquemberg. Updike.
2. Alterner les essais, les romans et les bande-dessinées : c'est une technique que tout le monde connaît. Enchaîner dix romans de suite peut être usant et un peu rébarbatif. C'est dans le Beigbeder que le père du narrateur est un africain ou dans le Marie Ndiaye ? C'est Marc Lévy qui s'est fait greffer un bras de poulet dans le bas-ventre ? Alterner, c'est une précaution utile pour ne pas mélanger, surtout si comme moi, on lit 3 livres enchaînés avant de passer à leur chronique. Un livre, une chronique, ça sent trop l'usine.
3. Ne jamais lire les critiques des collègues sur le site pour ne pas les jalouser : Comme chaque année, je me suis fait blouser. Pas tiré toujours les bons numéros dans notre avant-programme, le grand moment où on se répartit les nouveautés. J'aurais bien lu le Foenkinos mais personne ne me l'a envoyé. Dave Eggers, David Foster Wallace, tous ces mecs : jamais eu l'idée de les lire et voilà que je me fais les plus gros et les plus chiantissimes du marché. Damned ! L'année prochaine, je me fais Amélie Nothomb sur un plateau et Houellebecq les doigts dans le nez.
4. Lire le livre de Beigbeder en premier pour mieux apprécier les autres : Ca oui, je n'y avais pas pensé les années précédentes mais la lecture d' m'aura mis du baume au coeur. Rien lu de moins bien après ça. J'exagère mais ça peut être une idée pour la suite. Si vous avez beaucoup de livres à lire et que vous DEVEZ tous les lire, essayez de garder les meilleurs pour la fin. Bon, on m'a refilé de Vincent Message en deuxième semaine et je n'avais pas prévu ça. Coup dur. Et 650 pages de pseudo Matrix, The Cell freudien à rajouter. Je bois le bouillon.
5. Ne jamais cesser de se prendre au sérieux : s'il y a une erreur que ne doit pas commettre le critique, c'est celle-ci : prendre son boulot à la légère ou se décontracter. La règle n°1 d'une critique réussie, c'est de considérer qu'elle est la seule critique qui sera jamais écrite sur le livre. Ne pas regarder sur google ce qu'ont écrit des dizaines de types avant vous. Ne pas leur piquer de jugements tout fait. Ecrire comme si vous étiez le Passeur ultime, quitte à avoir le melon et à en rajouter des tonnes. Sans ça, vous êtes un baltringue, un charlatan.
Et hop !