Mauvaise passe

15/05/2008 - 17h35
Mauvaise passe
Adoubé par [people rec="0"]Ken Bruen[/people], le pape du polar irlandais, avec qui il a signé un roman à quatre mains paru chez Seuil, le new-yorkais Jason Starr voit sa Ville Piège initialement publiée chez Stock, enfin rééditée en poche pour le plaisir pervers de tous les amateurs de polar déjanté.

Le titre original de est en vérité « Twisted City », que l'on aurait du traduire par « la ville tordue », ce qui conviendrait bien mieux aux personnages du jeune prodige du polar US (New Yorkais) Jason Starr, tous profondément tordus, ainsi qu'à l'intrigue de ce roman aussi malsain que jubilatoire, dont rien ne laisse présager le twist (justement !) final.

Jason Starr que l'on compare souvent à [people rec="0"]Jim Thompson[/people] (excusez du peu) est passé maître dans le polar, ses romans sont donc logiquement remplis de figures rédhibitoires qui n'obéissent qu'à leurs pulsions les plus basses. Junkie, alcoolique chronique, tueur sur commande, femme fatale âpres au gain, petit chef prêt à tout pour monter les échelons de la société américaines, journaliste peu scrupuleux et toute une platée de sales gueules, voilà le monde, ou du moins, voilà le New York de Giuliani, celui que l'on dit aujourd'hui « plus fréquentable », tel que décrit par Starr. Jusque là rien d'extraordinaire me direz vous, nous sommes dans le domaine du polar, une littérature de « genres » qui obéit (comme la SF) à des codes bien précis, et cette faune fait partie de ce que l'on peut s'attendre à trouver dans ce type de roman. Mais Jason Starr a le don pour pervertir tout ça.

 

Ordures ordinaires

 

C'est ce que comprend peu à peu le lecteur au fil de sa lecture des aventures de David Miller, dans La Ville Piège. Journaliste et parfait anonyme, Miller se fait rafler son portefeuille dans un bar de nuit. Ce ne pourrait être qu'un aléa banal dans la vie d'un citadin s'il ne venait pas également de perdre son boulot au Wall Street Journal pour se retrouver rédacteur de la rubrique économie d'un canard sans envergure. Clairement, David traverse une mauvaise passe. D‘autant plus mauvaise que sa petite amie a tendance à se comporter comme une joyeuse psychopathe depuis quelques mois et que David vient de perdre sa soeur aîné Barbara. Un décès dont il ne se remet pas. Aussi, quand il reçoit un coup de fil d'une junkie qui exige de l'argent pour lui rendre ses papiers, il pète naturellement un plomb. Pourtant, le doute s'installe... la victime est-elle bien celle que l'on croit ?

 

Les personnages de Jason Starr sont des ordures. Pas des pourris grandes largeurs comme le Bad Lieutenant d'[people rec="0"]Abel Ferrara[/people] ou le flic d'[people rec="0"]Irvine Welsh[/people] dont nous parlait Myosotis il y a peu, non, ils appartiennent plutôt à la catégorie des ordures ordinaires. Des salopards anonymes, de ceux dont on ne se méfierait pas si on les croisait dans la rue. Cela peut-être moi, vous, à certains moments de nos vies, quand les circonstances l'exigent, ou le provoquent. C'est là tout le sel de La Ville Piège.

 

La Chute de Monsieur-tout-le-monde

 

Dans son roman l'américain bâtit sa narration sur le thème classique de l'implacable descente aux enfers d'un personnage lambda, monsieur tout le monde, à première vue malchanceux et innocent. Mais Jason Starr connaît bien le polar et ne se contente pas de copier une intrigue rebattue, il s'arrange pour désarçonner son lecteur en glissant ça et là des indices, attitudes, dialogues, comportements, qui nous font douter jusqu'à l'inévitable fin.

 

Alors oui, La Ville Piège est une variation sur un thème archi-connu du polar, mais ce pourrait être aussi une relecture du Démon d'[people rec="0"]Hubert Selby Jr[/people], écrit par un type qui pourrait être [people rec="0"]Chuck Palahniuk[/people] s'il se mettait à la littérature de genre, ou un [people rec="0"]Bret Easton Ellis[/people], dans la description des petites lâchetés quotidiennes, des renoncements et des désaveux, de l'égoïsme de tous les jours, de ses actes pas vraiment dégueulasses mais tout de même vraiment limites qui pourraient s'avérer sans conséquence mais qui nous font finalement basculer dans l'inconnu... A ce titre, l'immoral Jason Starr, déjà auteur de cinq romans traduits en France, mériterait de l'être, connu. Avec La Ville Piège, il s'impose en tout cas comme un écrivain à suivre.

 

Jason Starr

 

 

 

Rivages / Noir

 

Vos commentaires

Toutes les rubriques
  • Cinéma
  • /
  • Société
  • /
  • Livres
  • /
  • Télé
  • /
  • Musique
  • /
  • Expos
  • /
  • Photos
  • /
  • Forum
articles les + lus
  • BP : la faune marine mutante inquiète
  • Ces choses à savoir avant un entretien d’embauche
  • rap gay Rap et homosexualité : le début du coming out ?
  • Obiwan Kenobi arrêté par la police
  • Si Wes Anderson avait réalisé Battleship Si Wes Anderson avait réalisé Battleship
  • Fast & Furious résumé à ses changements de vitesse
  • Van Gogh, Dali et Picasso disséqués