Markson, Arrêter d'écrire.... Mais pourquoi ?

28/08/2007 - 12h24
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Avec sa nouvelle esthétique au poil, le Lot49 de Claro continue de nous alimenter en romans post-modernes (c'est l'appellation officielle, désolé) américains : cet Arrêter d'écrire en est un bel et bon exemple. Gageons que ce court roman de David Markson, auteur new-yorkais de 80 printemps, aura demandé au plus grand traducteur français/anglais un peu moins de temps que ces derniers petits boulots (Le Tunnel de William H. Gass, Central Europe de William Vollmann), mais qu'il y aura pris (presque) autant de plaisir. Arrêter d'écrire est un roman assez étrange qui se situe clairement en terre expérimentale : le livre est un livre sans personnage (on nous dit dans les lignes qui lancent le livre qu'un auteur en a soupé d'écrire), sans intrigue, sans résumé. Mais un livre qui fourmille (puisqu'il en est constitué) d'anecdotes, d'aphorismes, de faits légendaires et de détails dont la juxtaposition, l'agencement et l'accumulation font sens ou, du moins, suggèrent qu'un sens pourrait motiver leur présence. Le tout ressemble donc techniquement à un collage, à un livre de citations ou de phrases, mais produit un effet qu'on pourrait qualifier de Joycien ou de Beckettien, qui oscille entre le comique ("La vieillesse, c'est pour les poules mouillées, a dit Bette Davis.") et l'angoissant ("Origène s'est castré."). Les listes et les phrases tournent d'ailleurs souvent autour de thèmes morbides : les morts, les décès, les maladies, ce qui laisse à penser que l'écrivain travaille sur son propre épuisement mais nous livre aussi, et surtout au travers de cette série, un autoportrait pétillant et plein d'esprit. Le travail de Markson réussit à produire (sans utiliser aucun des moyens qui sont d'ordinaire requis pour ça) un attachement du lecteur à l'auteur (le narrateur absent) qui, plus on s'approche de la fin du livre, ressemble à l'amitié qu'on ressentirait envers un vieux pote. Le fait produit l'attachement. La liste à plat produit le crescendo émotionnel. L'absence de technique est la technique. Encore fallait-il le démontrer. Evidemment, This Is Not A Novel (Arrêter d'écrire) n'est pas à proprement parler un roman qu'on peut conseiller comme on conseillerait un... roman en période de rentrée littéraire. D'aucuns diront qu'il s'agit d'un livre vain et sans intérêt. Ce n'est pas non plus un texte sur lequel on peut s'extasier (c'est le propre du postmodernisme en art). Il s'agit plutôt d'une expérience littéraire intéressante et originale (à la lecture jubilatoire et rapide - ce qui est rarement le cas), un tour de force théorique et pratique qu'on destinera aux lecteurs compulsifs, aux curieux invétérés et, pour les punir, aux millions d'entre vous qui ont acheté les immondes listes de Mr Schott.Arrêter d'écrireDavid MarksonLe Cherche MidiConsultez le dossier sur le rentrée littéraire.

 

Par Benjamin Berton
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