
L'envie de reparler du site readatwork.com m'est venue, la semaine dernière, lorsque j'ai surpris l'un de mes collègues de travail en train de lire, en prenant un air sérieux et inspiré (il est juriste), de thomas stearns Eliot en version française et anglaise.
Le gars (cinquante ans, portant beau et visiblement ayant bon goût en poésie) avait distraitement étalé des photocopies du recueil, une bonne douzaine de pages, sur son bureau, et les décortiquait comme s'il épluchait une note de service ou un rapport d'activités, en essayant (en vain) de dissimuler sa funeste et sournoise activité aux importuns. Bon prince, j'ai détourné le regard comme si de rien n'était et décidé de ne pas l'accabler, ce qui n'aurait pas été le cas, je l'avoue, si je l'avais surpris en train de lire Marc Lévy ou Anna Gavalda. Il faut avouer que lire La Terre Vaine au bureau est à la fois un choix incroyablement pertinent, approprié et... risqué.
Si j'en avais eu le courage, j'aurais bien sûr conseillé à ce collègue poète, de se connecter au merveilleux instrument qu'est ce read-at-work qui permet par un simple clic d'accéder, sous la couverture d'une interface Windows tout ce qu'il y a de plus anodine, à des dizaines d'ouvrages en langue... anglaise. On peut ainsi se payer un william shakespeare en donnant l'impression de contempler un rapport ou un document Word de base. Etrangement, je ne connais pas l'équivalent français de ce site. Alors qu'une requête simple sur google de type "read at work" renvoie à des tas de discussions passionnantes sur les lectures qu'on peut s'autoriser sur son lieu de travail, la même opération en français (lire au travail, donc) donne un résultat très décevant : "lire du travail", "comment lire efficacement", ce genre de choses. Soit le français est particulièrement fier de rester dans la clandestinité et refuse d'en faire état sur le net, soit on vient de trouver une preuve nouvelle de notre remarquable productivité.