
"Qui a parlé à ma mère de ma honte,/ Qui a parlé à mon père de mon aimé ?/ Oh qui en dehors de Maude, ma soeur Maude / Qui regardait pour espionner et scruter. // Froid, il gît, aussi froid que la pierre,/ Avec ses boucles ensanglantées autour de son visage : / Le plus beau cadavre de toute la terre/ Et digne d'être embrassé par une reine. // Tu aurais dû épargner son âme, soeur, / Epargner mon âme, ton âme aussi : / Il ne t'aurait jamais regardée. // Mon père peut dormir au Paradis, Ma mère devant le portail du Ciel : / Mais soeur Maude ne connaîtra le sommeil / Ni tôt ni tard. // Mon père peut porter une robe dorée; / Ma mère peut gagner une couronne; / Si mon aimé et moi nous frappons au portail du ciel / Peut-être nous laissera-t-on entrer : / Mais soeur Maude, oh soeur Maude, / Attends toi à la mort et au péché. "
A l'image de ce sublime Soeur Maude de Christine Rossetti, l'élégance des préaraphaélites, leur goût pour les émotions intenses, la morbidité, si elle est mêlée à un amour éternel, n'a connu que peu d'égal dans l'histoire des courants artistiques. Fraternité de jeunes hommes (Rossetti, Millais, Madox Brown, Burne-Jones), élargie à leurs amies, soeurs ou copines (Rossetti soeur, Elizabeth Siddal), le mouvement préraphaélites, revenus puiser dans l'imagerie médiévale un ensemble de figures, pour réinventer le réalisme, allait devenir l'un des mouvements les plus bouleversants de l'histoire, bataillant sur tous les fronts : peinture, architecture, littérature mais aussi et surtout arts décoratifs. A ne pas confondre avec le mouvement Art Nouveau, qui d'une certaine façon en prolongera quelques uns des caractères (le traitement des feuilles, des figures, de la nature notamment), le mouvement préraphaélite demeure, même lorsque ses fondateurs sont devenus de vieux messieurs respectables, un mouvement adolescent, énergique et par essence révolutionnaire.
Dans son anthologie baptisée les Préraphaélites - Entre le Ciel et l'Enfer (Christian Bourgois), Gérard Georges Lemaire nous présente des extraits rares de poèmes, quelques illustrations emblématiques du courant. La partie didactique est mince mais la découverte des artciles de Walter Crane, poèmes de Christina Rossetti ou Swinburne (plus connu) vaut le déplacement.
Par Benjamin Berton