
Mais qui a dit que la poésie était morte ? Qu'on n'en lisait plus ? Qu'on n'en écrivait plus ? Alors qu'on nous rabache à longueur de commentaires que la poésie du Tour de France est en marche, qu' Antoine Blondin, romancier chroniqueur était un génie de la littérature (on exagère à peine) et qu'on sort à peine de la lecture de l'excellent Journal à Bicyclette de David Byrne, le chanteur des Talking Heads, quelle merveilleuse surprise de découvrir qu'en marge du Tour de France, manifestation populaire s'il en est, est organisé un tableau de poésie.
Accessible depuis le site du Tour de France ou autre site officiellement partenaire, cette sélection de poèmes écrits et proposés par les spectateurs de la grande boucle est un vrai bonheur, rafraîchissant et qui laisse entrevoir une séduction jamais tout à fait disparue de ce mode d'expression. La poésie est un genre has-been remplacée par les SMS, les mails et les MMS, entend-on parfois ? C'est une imposture : des milliers de jeunes s'essaient à la rime (et on ne parle pas des affreux slameurs), versifient et tentent d'exprimer leurs sentiments en noircissant du poème. Alors bien sûr, le site est multiculturel et propose aux contributeurs de poster à peu près n'importe quelle forme d'art : dessins, sculpture (jetez y un oeil, cela vaut le coup), chroniques diverses et variées, mais c'est sans conteste la rubrique poésie qui a le plus d'allure et qui dégage le plus d'émotion.
Aucune poésie sur le dopage jusqu'à présent, sur les cuisses de grenouille des grimpeurs et de crapauds des rouleurs, aucune remarque sur le bronzage ridicule des cyclistes, les poulettes lyonnaises qui remettent le maillot jaune et toute cette magnifique faune folle de la caravane. Les poètes en herbe et à roulette parlent de la beauté des paysages, des souvenirs d'enfance, de la beauté du sport. On se croirait dans un rêve bessonien (du ministre Juda et non bressonienne, le cinéaste favori du Président) d'un vrai roman national : c'est la belle France pompidolienne qu'on raconte en vers, la France du terroir, des tours en vélo et du petit ballon de rouge. Ceux qui ont cru qu'elle avait disparu quelque part entre ici et l'invention du portable ont tout faux. La France éternelle est là, enfouie sous les poèmes amateurs, cachée entre l'Alpe d'Huez et le Galibier. Qu'on se le dise.
"Ma petite reineMa bicyclette bleueBleu comme le ciel audacieuxPaysage du mois de juilletAu rythme effréné des pédalesQui actionnent ta courseTu me plantes là,Sur la place du villageSans faire le moindre détour.
(...)Ma petite reineJe sais bienQue tu n'es la princesse d'aucunMais la star de tousTour à tourJe suis ton parcoursAllez viens, Le temps d'une étapeJe t'emmène faire un tourDu côté de chez Swann.Tu repartiras demainMa petite reine,Vers un autre destinMais tu sais,J'attendrai que tu reviennesEn juillet prochain"
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