
Le journaliste Ben Myers a puisé dans son experience de pigiste pour la presse musicale pour livrer au Guardian ses observations sur un phénomène intriguant : l'inspiration littéraire plus ou moins évidente des noms des groupes de rock. Par exemple : le groupe Titus Andronicus, ainsi nommé d'après une des premières tragédies de William Shakespeare ou le duo électro Empire of the Sun d'après le titre du de James Graham Ballard.
Il y a aussi The Fall ( d'Albert Camus), The Doors (en référence aux d'Aldous Huxley) et The Velvet underground d'après l'essai éponyme du journaliste Michael Leigh sur les déviances sexuelles aux Etats-unis dans les années 60.
Autres exemples pointus : The Divine Comedy ( de Dante), ou Joy Division, qui tire son nom d'une nouvelle datant de 1965, The House of Dolls, de l'ancien déporté Yehiel De-Nur. "Joy division", selon l'expression nazie, désigne l'esclavage sexuel de jeunes femmes juives déportées et enrôlées de force dans l'armée allemande.
Echanges d'inspiration

L'article du Guardian interroge la réelle valeur ajoutée qu'apporte à un groupe un nom d'origine littéraire, surtout si la référence n'est pas claire pour tout le monde. Manière de se donner l'air intelligent, un bon nom ultraréférencé ne peut pas faire de mal, surtout si le talent musical et littéraire est au rendez-vous. Ainsi de nombreux groupes, comme Moloko, se réfèrent au cultissime A clockwork orange (Orange Mécanique) d'Anthony Burgess et à sa langue inventée qui mélange russe et anglais. Moloko, (mot russe pour "lait"), est dans le roman de Burgess la mixture de drogue que le héros et ses amis s'enfilent allègrement.
Signes évident d'un constant va et vient référentiel de l'inspiration entre littérature et musique, les exemples sont innombrables. En vrac : Douglas Coupland pique le titre à une chanson des Smiths, David Bowie chante "1984" en référence au de George Orwell et Kate Bush "Wuthering Heighs" à celui d'Emily Brontë.
Pareil en France : Virginie Despentes siffle son titre à Nirvana, Zazie s'appelle ainsi à cause du roman de Raymond Queneau, et Serge Gainsbourg chante "La chanson de Prévert".
Outil marketing?
Dernièrement, Amanda Sthers se glisse dans la peau de Keith Richard dans son roman et le groupe Second sex rend hommage au de Simone de Beauvoir. Où il est permis de douter que les bébés rockeurs aient vraiment lu les milles pages et quelques de l'ouvrage fondateur du féminisme français...
Source: The Guardian
Photos : Le duo Empire of the sun - A Clockwork Orange, couverture de l'édition Penguin.