
C'est une très vieille question déjà posée mille fois et qui le sera sans doute encore pas mal de fois à l'approche de la sortie d'un film d'animation 3D en 2010... bref, je n'ai aucun raison de la ressortir maintenant, rééllement, mais on pourrait presque dire que j'ai de l'avance. La réponse de l'Internet semble, d'après quelques sites, bien documentés, que non seulement la société Schtroumpf est un miroir de l'idéal communiste mais que le Grand Schtroumpf avec sa barbe et son bonnet rouge est un double de Karl Marx ou Lénine, que le Schtroumpf à lunette représente évidemment Trotsky, que Gargamel qui veut transformer les Schtroumpfs en or représente le capitalisme, que son chat Azrael est le prolétariat et ainsi de suite... En partant de ça, un blogueur en a même, déduit assez finement pourquoi le communisme n'a jamais fonctionné chez nous : nous ne somme pas des Schtroumpfs, nous ne sommes pas nés bricoleur, peintre, cuistot ou farceur et nous ne saurions vivre dans le même état de stase infantile que les petits hommes bleus.
Toutes ces théories sonnent assez juste et il n'est après tout pas improbable que Peyo, étudiant dans une école d'art dans les années 40-50 fut à une époque communiste (sur la fin de sa vie, quand il engrengeait les royautés des studios de dessin animé américain et des usines de jouet asiatiques, ces idéaux semblaient bien loins...). Sauf que l'auteur lui même à toujours nié toute arrière pensée idéologique et qu'on retrouve surtout chez les Schtroumpfs un état d'esprit conservateur et une morale médiévale (plus apparente encore chez Johann et Pirlouit, la bédé de Peyo dans laquelle les Schtroumpfs ont fait leur début).

En fait les Schtroumpfs sont basés sur tout un tas d'archétypes ultra classiques plus vieux que le communisme lui même : le vieux sage barbu, le binoclard chiant, le sorcier avare... Tous ces personnages vivant dans un état de nature fantasmé qui convient bien à un communiste old school mais plairait tout autant à un monarchiste. Le Schtroumpfissime, l'album le plus politique dans lequel un dictateur prend la place du Grand Schtroumpf parti en voyage est avant tout un avertissement sur les dangers de la démocratie et du populisme dont le happy end est un rétablissement du statu quo par le retour du chef naturel des Schtroumpfs.
On pourrait décider de comparer le grand Schtroumph à Big Brother puisqu'il maintient le reste du peuple dans un état infantile, le préservant des secret de la connaissance qu'il s'autorise à lui seul et les faisant travailler à la construction sans fin d'un barrage pour les tenir docile. Le parler Schtroumpf serait un équivalent du Novlangue orwellien. On pourrait comparer le Grand Schtroumpf à n'importe quel roi barbu de l'histoire. On pourrait dire que Gargamel est une caricature antisémite. On pourrait s'intéresser à la Schtroumpfette et aux implications théologiques, sexuelles et morales de sa création par Gargamel...
On pourrait faire un tas de choses mais sans doute pas affirmer détenir LA vérité sur le sens de la métaphore très ouverte de la société Schtroumpf.
Par Cédric Le Merrer Follow @GoldfishFight