
"O ma patrie, je vois les murs et les arcs, et les colonnes et les statues et les tours désertes de nos aïeux, mais leur gloire , je ne la vois point : je ne vois ni le laurier, ni le fer dont nos antiques père étaient chargés. Aujourd'hui désarmée, ton front est nue, ta gorge est nue. (...) Cheveux éparts, sans voile, elle est assise à terre, abandonnée, inconsolée; et cachant son visage en ses genoux, elle pleure. Pleure, tu en as lieu, ma France, toi qui es née pour vaincre les nations dans la bonne fortune et la mauvaise ! (...) Qui t'arracha l'épée qui te terahit ? Quelles ruses, quels travaux, quelle puissance ont pu se dépouiller de ton manteau et de ton bandeau d'or ? Comment es-tu tombée, et quand, de telle cime en lieu si bas ? Nul ne se bat pour toi ? Aucun des tiens ne te défend ? Des armes, allons ! Des armes ! Je combattrai donc seul. Je succomberai seul. Veuille, ô Ciel, que mon peu de sang soit pour les coeurs français comme du feu."
Variante sur A l'Italie de Giacomo Léopardi.
Je relisais les Canti de Leopardi dans le métro quand je suis tombé sur cette séquence (elle ouvre le recueil, pas dur) et je me suis dit qu'elle résonnait bien. Léopardi est le plus laid des poètes (bossu, difforme, petit, pâle comme un linge); il est mort d'avoir trop mangé de bonbons (c'est vrai). Mais je me suis redit à la sixième station qu'il était peut-être l'écrivain le plus élégant et fluide que je connais. Il suffit de suivre le cours de ces phrases. Cela rappelle un cours d'eau, plutôt que de la littérature. Il n'y a pas un mot qui résiste à l'autre. Ca ferait une bonne citation à commenter pour le bac :
"Le style, c'est quand aucun mot ne résiste au suivant", ou un truc dans le genre. Ca se débat, c'est sûr mais c'est une assez bonne définition, non ?
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